dimanche 3 juin 2018

Généalogies chalabroises - Chapitre I : des Roussel aux Rivals et des "migrations"

Le mois de juin s'annonce finalement plus généalogique que prévu ! Il y a quelques jours, j'ai appris que je n'aurai presque aucun partiel sur table en raison du mouvement de grève et du blocage qui plusieurs mois durant ont paralysé l'université où j'étudie. Je me suis en même temps lancé dans une enquête - fascinante à mon goût - concernant mes ancêtres maternels, plus précisément ceux de Pierre Bourrel, grand-père de ma mère et natif de Chalabre, village situé dans l'ouest audois, à cinquante kilomètres au sud de Carcassonne et distant, à vol d'oiseau, d'une soixantaine de kilomètres de l'Espagne. Village atypique, autrefois prospère bastide traversée par trois rivières, Chalabre, son château et ses hautes maisons se cachent aux confins de l'Aude et de l'Ariège, entre Pyrénées et Méditerranée. Derrière les murs témoins de l'usure du temps se cachent de nombreuses histoires oubliées. Le village regorge d'ailleurs de traces du passé...

Acte de décès d'Etienne Roussel veuf de Françoise Bonet - 8 mai 1844 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien

Mai 1844. Je suis intrigué lorsque j'aperçois quelques lignes rajoutées à la hâte à la gauche de l'acte de décès d'Etienne Roussel, arrière-arrière-arrière grand-père de mon grand-père. A première vue, les informations livrées par cet acte ne sortent en rien de l'ordinaire. On y apprend que le dit Etienne Roussel, âgé de soixante-sept ans, veuf de Françoise Moyse et fils des défunts Gaspard Roussel et Françoise Aussenac, boulangers à Chalabre, est décédé non pas en sa maison située à la côte du château mais à l'hospice. Une erreur de taille s'est pourtant glissée dans cet acte et concerne le nom de l'épouse d'Etienne, nommée Françoise "Moyse". La note marginale fait état d'un jugement rendu par le tribunal de Limoux deux décennies plus tard, le 17 mai 1865, ordonnant la rectification de ce nom et le changement de "Moyse" en "Bonnet". Une question me vient soudainement à l'esprit. D'où vient cette confusion trop importante pour résulter d'une erreur orthographique ? D'où sort ce Moyse et pourquoi le jugement n'a-t-il été rendu que vingt-et-un ans plus tard ? Et surtout, quel est le véritable nom de l'épouse d'Étienne Roussel ? De fil en aiguille, je retrouve plusieurs enfants de ce couple : Vincent Roussel, dont je descends, Pierre époux Labadie, Anne épouse Benet, Marianne épouse Soum ainsi que Marguerite et Jeanne dont je ne connais pas encore les époux. Cela me permet de remonter au mariage d'Étienne et de Françoise qui a lieu à Chalabre au printemps 1798. Et par la même occasion, de renouveler la désagréable expérience des recherches sous l'infâme calendrier républicain dont je ne saurais réciter les mois et encore moins restituer l'ordre. Les noces de mes ancêtres ont lieu à la fin du mois de germinal de l'an VI... Cette période correspond à peu près au début de la campagne d'Égypte. Voici un extrait de l'acte concernant l'épouse et sa famille :

Extrait de l'acte de mariage Roussel - Bonnet - 29 germinal an VI ou avril 1798 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
Je commence à m'y habituer, dans le cas de mes ancêtres, les actes de la période révolutionnaire sont souvent longs pour ne rien ou peu dire, remplis de formules approximatives et maladroites, mal écrits, incomplets, erronés si ce n'est bâclés. Il s'agit du moins de l'arrière-goût amer que m'ont laissé, au fur et à mesure de mes diverses recherches, les documents de cette époque. Ceci dit, j'obtiens cette fois quelques précieuses informations figurant dans l'extrait ci-dessus : "[...] Françoise Bonnet, âgée de dix-huit ans, fille légitime de feu Moize Bonnet, cordonnier, et de Marie Bastide, aussi domiciliés dans cette commune [...] Un élément semble ainsi certain. Le nom de l'épouse n'est pas Moyse mais Bonnet - et en réalité Bonet avec un seul "n", ce que j'apprendrai bien plus tard - et la confusion viendrait alors du prénom de son père, Moyse. Pour autant, l'erreur n'est toujours pas expliquée, d'autant que Françoise est bien nommée Bonnet dans son acte de décès en date de 1836... A ce moment de mes recherches, j'ignore quel chemin prendre. Involontairement embarqué, et comme j'en ai l'habitude d'ailleurs, dans une nouvelle enquête, je pourrais me concentrer sur la lignée paternelle, celle des Roussel. Et puis, tout compte fait, non, ma curiosité me ramène à cet ancêtre prénommé Moize.

Acte de baptême de Françoise Bonet - 12 juillet 1780 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
Âgée d'à peine dix-huit ans lors de son mariage en 1798, Françoise Bonnet est bien née en 1780 à Chalabre, le 12 juillet pour être exact, si j'en crois l'acte dont voici la transcription : "Françoise Bonnet fille de Moyse cordonnier et de Marie-Anne Bastide mariés de cette paroisse est née et a été baptisée le douze juillet mille-sept-cent-quatre-vingts [le] parrain Pierre Bastide [qui a] signé avec nous vicaire, la marraine [Marie] Sarda illettrée, pour Françoise Rivals absente." J'en déduis que Pierre Bastide est a priori l'oncle maternel de Françoise. Pour une raison qui m'est alors inconnue, l'acte de mariage entre Moyse Bonnet et Marie-Anne Bastide m'échappe, ce qui aurait sérieusement pu compliquer mes recherches. Même si l'hébraïque prénom Moyse n'est certainement pas le plus commun à Chalabre et qu'un seul Moyse Bonnet semble y être né, une double homonymie, même très peu probable, n'est pas à exclure. Et puis c'est vrai, je suis tatillon. Je décide alors d'utiliser une méthode certes laborieuse mais très efficace, qui consiste à lire les unes après les autres toutes les pages des registres sur une certaine période. J'ai par la même occasion appris quelques faits intéressants sur Chalabre, comme la présence de familles auvergnates, savoyardes et d'un chirurgien de Rome. Chalabre semble avoir été un point de passage localement important jusqu'au milieu du XVIIIe siècle et il n'est pas rare d'y croiser quelques familles des villes environnantes.
 
Une famille savoyarde à Chalabre - février 1768 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
La présence d'une famille savoyarde installée dans les lointaines vallées du Kercorb me parait suffisamment rare pour que nous nous y intéressions un instant de plus près. L'acte, qui est relativement bien écrit, délivre les informations suivantes : "Anne Marie Rousset fille de Barthelemy marchand colporteur de la Savoyée[?] et de Marie Dhotelle[?] mariés au lieu de Saint-Georges d'Urtier diocèse de Saint-Jean de Moriet[?] en Savoyée [...] a été enterrée le lendemain [...] ". Je n'ai évidemment pas tout de suite deviné de quelle commune est originaire cette famille, dont le nom, Rousset, ressemble étrangement à celui de mes ancêtres Roussel. La région, à savoir la Savoie, est reconnaissable, même si son orthographe a été écorchée. Après quelques rapides recherches, j'en déduis qu'il s'agit de la commune de Saint-Georges-d'Hurtières - d'où le "Durtier" - appartenant au diocèse de Saint-Jean-de-Maurienne en Savoie et située, à vol d'oiseau. à une soixante de kilomètres de l'Italie. Et dire que cette famille s'est retrouvée, au beau milieu du XVIIIe siècle, aux portes de la frontière espagnole... Plus de cinq-cents kilomètres séparent Saint-Georges-d'Hurtières de Chalabre...
 
Acte de baptême de Moïze Bonnet - 28 juillet 1749 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
Revenons-en à Moyse Bonnet. Le seul acte de baptême à son nom présent dans les registres chalabrois est celui en date du 28 juillet 1749. Plusieurs sources mentionnent déjà cette date, mais étant pointilleux et n'ayant pas l'acte de mariage de cet ancêtre, je serais heureux de trouver une autre preuve pour son ascendance. Commençons par la lecture de l'acte : "Moïze Bonnet fils d'Antoine chapelier de cette ville et d'Elizabeth Rivals mariés né le jour d'hier a été baptisé aujourd'hui vingt-huit juillet mille-sept-cent-quarante-neuf [le] parrain fut M. Joseph Rieurtort notaire [et la] marraine Jeanne Dufrene [...]" Le nom de la mère attire particulièrement mon attention. Celle-ci était en effet une Rivals, tout comme la marraine de Françoise Bonnet en 1780. Je ne tarde pas à retrouver le mariage d'Antoine Bonnet et d'Elizabeth Rivals en date de 1748.

Mariage d'Antoine Bonet et d'Elizabeth Rivals - 7 septembre 1748 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
En voici un extrait : "Les bans de mariage entre Antoine Bonnet fils de Jacques et d'Anne Roumengous de la paroisse de Calmon d'une part et Elizabeth Rival[s] fille légitime de François Rival[s] cordonnier et de Jeanne Dufrène de la présente paroisse [...]" Outre la mention des parents des époux, je remarque deux éléments intéressants avec, en premier lieu, la paroisse d'origine de l'époux, qui est désignée sous le nom de Calmon. Or, le seul Calmon qui existe à ma connaissance se situe dans le sud du Tarn, non loin de Mazamet, dans l'actuelle commune d'Aiguefonde. Je penche davantage pour Camon, joli village fleuri limitrophe situé dans l'Ariège, entre Chalabre et Mirepoix, d'autant plus qu'en règle générale, lorsqu'une famille vient d'un diocèse éloigné, mention en est faite. Par ailleurs, on retrouve de nouveau Jeanne Dufrène, marraine de Moïze Bonnet mais aussi sa grand-mère maternelle. A ce moment précis, je me félicite intérieurement d'avoir lu chaque page des registres des sépultures de la période 1747-1778 de Chalabre, et pour cause : les dates de décès d'Antoine Bonnet, de Jean-François Rivals et de Jeanne Dufrène me sont connues.
 
Actes de sépulture des époux Rivals et Dufrène - 1774 et 1761 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
Je décide alors de consacrer la suite de mes recherches aux ancêtres d'Elizabeth Rivals, originaires de Chalabre, afin de retrouver la trace de Françoise Rivals, ce qui satisferait mon esprit critique. De l'interminable lecture des registres de Chalabre, que l'infâme - et je pèse bien mes mots - visionneuse des Archives de l'Aude complique plus que sérieusement, j'ai tout de même pu tirer les deux actes affichés au-dessus dont voici les résumés : "Jean François Rivals, cordonnier, époux de feue Jeanne Dufrene, âgé d'environ soixante-quatorze ans, est décédé le quinzième octobre mille sept-cent-soixante-quatorze [...]" et "Jeanne Dufrene épouse de François Rivals, cordonnier, mariés, de cette paroisse, âgée d'environ soixante-trois ans, est décédée le dix-huitième mai mille sept-cent-cent-soixante-et-un [...]".
 
Des auvergnats à Chalabre - décembre 1752 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
Chalabre n'est pas forcément un village si éloigné de tout. Avant même la Révolution, de nombreuses familles dont plus personne ne se souvient y sont visiblement passées ou s'y sont installées, venues de loin. Oubliées, je les trouve pour autant fort intéressantes. Elles témoignent d'un Chalabre autrefois point de passage. Nous nous sommes attardés un peu plus tôt sur des savoyards qui y ont habité. Que diriez-vous cette fois de découvrir quelques auvergnats mentionnés dans l'acte ci-dessus dont voici la transcription : "Antoine Brousse époux de Françoise Lacoste marchand chaudronnier du lieu de Clavières paroisse de Lascelle en Jourdanne en Auvergne, étant dans cette paroisse depuis peu de jours, âgé d'environ trente-cinq ans, mourut le vingt-quatrième [de] décembre mille-sept-cent-cinquante-deux [...]". Distante d'un peu moins de quatre-cents kilomètres de Chalabre, Clavières est située près des Monts du Cantal, aux confins de la Lozère et de la Haute-Loire. Quelles routes empruntaient toutes ces familles ? Quelles étaient leurs conditions de voyage ? Comment et pourquoi sont-elles arrivées à Chalabre ?
 
Mariage Rivals et Dufrène - 4 septembre 1725 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
Il n'a pas été bien difficile de retrouver l'acte de mariage de Jean François Rivals et de Jeanne Dufrène car les registres sont pour une fois relativement bien écrits, ce qui compense l'exaspérante incommodité de la visionneuse. Transcription : "[...] Jean Rival[s] cordonnier fils de feus Jean Rival[s] et Jeanne Saurine ses père et mère d'une part et Jeanne Dufrene fille de Pierre et de Françoise Balia d'autre part tous deux de cette paroisse [...] le quatrième jour de septembre mille-sept-cent-vingt-cinq [...]." Le nom Rivals semble avoir connu plusieurs orthographes au fil des années, ici le s final a disparu en deux décennies. Je retrouve dans les quatre années qui suivent ce mariage les actes de baptêmes d'Elizabeth et de Françoise Rivals, respectivement en date du 25 juin 1726 et du 4 août 1729, et dont voici les extraits : "Elizabeth Rivals fille de Jean cordonnier et de Jeanne Dufrene mariés née le vingt-quatrième juin mille-sept-cent-vingt-six fut baptisée le lendemain [le] parrain Pierre Dufrene, [la] marraine Elizabeth Rivals." et "Françoise Rivals fille de Jean et de Jeanne Dufrene née le troisième fut baptisée le quatrième août mille-sept-cent-vingt-neuf [le] parrain Antoine Clerc, [la] marraine Françoise Balia." Mes doutes s'en trouvent envolés et je ne compte pas arrêter mes recherches en si bon chemin.
 
Mariage Rivals et Coste - 23 mai 1731 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
D'autres actes m'ont permis d'esquisser de manière plus précise un vague portrait des familles Dufrène et Rivals dont mon arrière grand-père Pierre Bourrel descend à la sixième génération. Même si cela peut paraître superflu, étudier la fratrie d'un ancêtre permet bien souvent de retrouver des éléments insoupçonnés ou de nouvelles sources d'information beaucoup plus riches, et c'est le cas ici. L'acte ci-dessus est le mariage de Jean Rivals, fils de Jean et de Jeanne Saurine, avec Jeanne Coste, fille de Jacques et de Marie Abat - le nom Abat est en réalité fréquemment écrit Abad dans d'autres actes -. Quant à la marraine de mon ancêtre Elizabeth Rivals, elle aussi nommée Elizabeth - ou Izabeau - Rivals, nous le verrons par la suite, son rôle ne sera pas des moindres dans la recherche d'informations.

Un chirurgien romain à Chalabre - 5 janvier 1710 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
En remontant les registres chalabrois jusqu'au début du XVIIIe siècle, toujours en lisant page par page, je tombe nez à nez avec un italien qui s'est marié dans la commune en 1710 ! "Liste des mariages célébrés dans la paroisse de Chalabre l'an 1710. Après la publication ordinaire de trois bans, Monsieur Antoine Cappa, dit Lescot, chirurgien de la ville de Rome [...]" Cette fois-ci, le nouvel arrivant est venu de loin ! J'ai peine à y croire au départ, mais il y a bien marqué Rome et le nom Cappa sonne italien. Ce chirurgien originaire du Latium épouse une certaine Catherine Roussinier. Chalabre semble bel et bien avoir été une étape non négligeable pour nombre de voyageurs. Je retrouve par la même occasion de nouveaux renseignements sur mes ancêtres et décide de continuer avec les Rivals, et de garder les Dufrène pour un autre chapitre des généalogies chalabroises. Les actes de baptêmes de Jean François et de Jean Rivals sont dès lors connus.

Baptême de Jean "François" Rivals - 21 mars 1701 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
L'acte de sépulture de Jean "François" Rivals, époux Dufrène, nous a appris qu'il est mort fin 1774 à l'âge de soixante-quatorze ans, ce qui induit une naissance aux alentours de l'année 1700/1701. L'acte de baptême ci-dessus est a fortiori le bon : "Le vingt-et-unième jour du mois de mars de l'année mille-sept-cent-un, a été baptisé Jean Rivals fils de Jean Rivals et de Jeanne Saurine mariés étant né le même jour son parrain Jean Béringuier et sa marraine Izabeau Rivals [...]". Je suppose que le prénom François a été rajouté par la suite pour différencier Jean Rivals de son frère - époux Coste - lui aussi nommé Jean. Contrairement aux habitants des vallées ariégeoises et pyrénéennes, les chalabrois ne sont visiblement pas friands, sous l'Ancien Régime, des surnoms. Quoiqu'il en soit, le Jean Rivals né en mai 1698 est aussi le fils de Jean Rivals et de Jeanne Saurine. La marraine de Jean "François" est Izabeau Rivals, or la soeur ainée des deux Jean, Elizabeth ou Izabeau, est née en 1692. J'ai déjà été confronté, lors de recherches autres, à des parrains et marraines très jeunes - souvenez-vous du quatrième épisode de la chronique sur la famille Troche - il n'est donc pas impossible que la jeune Izabeau ait été marraine de ses frères à l'âge d'à peine dix ans. Si tel n'était pas le cas, il pourrait simplement s'agir d'une tante. Quant à Izabeau / Elizabeth Rivals, figurez-vous qu'elle est née un 2 juin, tout comme moi ! Il y a tout de même trois-cent-sept ans d'écart entre nous...
 
Mariage Rivals et Saurine - 27 novembre 1690 - Chalabre - Archives de l'Aude - Lien
En poussant un peu plus loin les recherches, je retrouve le très incomplet acte de mariage de Jean Rivals et de Jeanne Saurine en date de l'automne 1690. Il n'y a guère d'informations à transcrire. J'espère trouver un contrat de mariage mais ce n'est pour l'instant pas le cas - je n'ai cependant pas terminé cette recherche -. Je crois tout de même avoir déterminé  qui est le père de Jean Rivals, mais il me faudrait pour cela des preuves. Les deux époux sont visiblement tous les deux originaires de Chalabre. Je reste quelque peu sur ma faim... et persuadé qu'il y a encore beaucoup à trouver.
 
Mariage Serres et Andrieu - Un gersois à Chalabre - 6 septembre 1698 - Archives de l'Aude - Lien
Une nouvelle migration étonnante au passage ! Le 6 septembre 1698, un certain Louys Serres, originaire de Nérac, diocèse de Condom, épouse une chalabroise, Françoise Andrieu. Cette découverte est fort intéressante d'une part car j'ai une ancêtre nommée Andrieu, qui pourrait bien être née à Chalabre dans les années 1760, mais surtout car ce Louys Serres est natif du sud du Lot-et-Garonne, autrement dit d'une région très proche de l'Armagnac et de la ville d'Eauze, dans le Gers, appartenant elle aussi au diocèse de Condom et dont est originaire ma grand-mère maternelle. Cela pourrait passer pour une simple coïncidence mais plusieurs familles de Chalabre sont - et j'ignore pourquoi - reliées au Gers et ce plus ou moins directement. On observe également ce schéma de migrations générationnelles pour la Provence... Bon nombre de familles chalabroises, y compris celle de mon grand-père maternel, ont eu et ont encore des cousins notamment à Sète et à Toulon, à diverses générations.

Extrait du Pacte de mariage entre Antoine Clerc et Izabeau Rivals - 22 janvier 1714 - Relevés de F. Barby - Geneanet - Lien
Je ne me suis pas trompé lorsque j'ai pressenti qu'il y avait encore beaucoup à trouver et, plus tôt, que reconstituer une fratrie pouvait s'avérer très utile. Grâce aux relevés des actes notariés de Chalabre mis en ligne par F. Barby sur Geneanet, j'ai retrouvé le pacte de mariage entre Antoine Clerc et Izabeau Rivals, en date du 22 janvier 1714. A noter que cela confirme une fois de plus certaines conclusions précédemment tirées, selon lesquelles Izabeau/Elizabeth Rivals est bien l'épouse d'Antoine Clerc, ce dernier étant le parrain de Françoise Rivals. Enfin, bref, passons ces détails et intéressons-nous au début - seulement pour cette fois - de ce document riche en informations. En voici une transcription, sans doute imparfaite puisque je ne suis que débutant en matière d'actes notariés : "L'an mil-sept-cent-quatorze et le vingt-deux de janvier, avant midi, dans le Château de la ville de Chalabre, régnant les chrétiens [?] prince Louis par la Grâce de Dieu Roi de France et de Navarre, diocèse de Mirepoix, Sénéchaussée de Limoux, furent présents Jean et Antoine Clerc père et fils peigneurs [?] de laine de cette ville d'une part et Izabeau Rival[s] fille de feu Jean Rival[s] maître-charron du dit Chalabre et de Jeanne Saurine, assistée et conseillée de Bertrand Delpech, boulanger de la ville, son curateur [...]" Je ne vous en dévoile pas davantage ni pour le moment ni, normalement, pour le second chapitre des généalogies chalabroises... Cet acte est en tout cas fort intéressant et s'étend sur plus de cinq pages.
 
Nous arrivons à la fin de ce premier chapitre des alambiquées généalogies chalabroises dont je vous propose ici une synthèse schématisée pour mieux vous y retrouver. Les renseignements qui y sont indiqués proviennent en totalité des actes d'état-civil, des registres paroissiaux et d'actes notariés concernant uniquement la commune de Chalabre. La génération la plus récente est celle de Vincent Roussel (1818-1905) qui est l'arrière grand-père de Pierre Bourrel, qui est lui-même mon arrière grand-père. La photographie de fond - que l'on ne voit presque pas - est celle du Château de Chalabre en automne. Elle a été réalisée par ma mère, descendante de toutes ces vieilles familles chalabroises, qui tient un blog riche en photographies de Chalabre et de ses environs, que je vous invite à consulter à ce lien : Au pinceau du Kercorb

Généalogies chalabroises - des Roussel aux Rivals - Synthèse - Wilfried Lehoux - à partir des sources indiquées dans cet article
Ce n'est pas tout ! Vous l'avez sans doute vu, cet article mêle deux thématiques différentes en un même cadre géographique et temporel, à savoir les recherches sur mes ancêtres à proprement parler et l'étude de ces "migrations" qui ont eu pour destination Chalabre au XVIIIe siècle et qui reflètent certaines dynamiques d'échanges récurrentes de la commune, notamment en ce qui concerne les liens avec le Gers. J'y ai rajouté d'autres "migrations" similaires que je n'ai pas mentionnées dans cet article.

Carte des "migrations" observées avec Chalabre comme destination au XVIIIe siècle - Réalisée à partir d'une carte de Google Earth - Lien
Je vous souhaite une agréable journée. A très bientôt !

N.B. : Toutes les recherches ici présentes sont le fruit de mon travail personnel à partir des sources disponibles en ligne et j'y ai consacré pas mal d'heures, notamment en ce qui concerne la lecture page par page des registres paroissiaux de Chalabre pour les sépultures de la période 1747-1778. Il est donc strictement interdit de copier ou de se servir de ces informations sans me mentionner comme en étant l'auteur et je préfèrerais au préalable qu'on m'en fasse part. Cela ne concerne pas les recherches directement présentes sur mon arbre généalogique mais seulement cet article. Merci.

4 commentaires:

  1. Article très intéressant, tellement agréable à lire. J'aime beaucoup votre style. Je partage totalement votre opinion de la visionneuse catastrophique des archives de l'Aude, une plaie pour tous ceux qui comme moi ont des ancêtres dans l'Aude. Les données en ligne sont relativement pauvres, et il fauft s'armer de patience pour consulter les documents. Le nom de Chalabre me parlait, mes origines sont un tout petit peu pllus à l'est, plutot dans le Razès, Arques, Limoux, mais une petite fille d'un de mes ancetres s'y est mariée vers 1750. Au plaisir de continuer à vous lire.

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    1. Merci beaucoup !
      Ah ça la visionneuse des AD de l'Aude et effectivement le manque d'archives en ligne constituent les principaux obstacles aux recherches dans ce département... s'ils pouvaient l'améliorer comme l'Ariège l'a fait.
      Par curiosité, comment s'appelait la petite fille de votre ancêtre qui s'est mariée à Chalabre ?

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  2. Une enquête passionnante. Et j'aime beaucoup la représentation graphique à la fin combinant arbre descendant et frise chronologique Une idée à dupliquer !

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    1. Merci beaucoup !
      je continuerai ces résumés schématiques alors !

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