dimanche 28 octobre 2018

Marie-Catherine Leterre (1784-1872) : de Louis XVI à la Troisième République

Bercé par les musiques de Faure et de Debussy, alors que les premières et froides pluies hivernales claquent sur le sol, je décide de me pencher davantage sur la vie de Marie-Catherine Leterre, l'ancêtre la plus ancienne en termes d'années dont une photographie m'est parvenue. Mais avant cela, parlons un peu des dernières nouvelles. La rentrée, cette année tardive, m'a permis d'improviser quelques jours en Campania au cours desquels j'ai découvert l'agitée capitale napolitaine, qui m'a laissé un arrière-goût plutôt mitigé, si ce n'est amer, bien qu'elle regorge effectivement de vestiges plus anciens les uns que les autres, mais aussi et surtout de visiter la magnifique Pompéi, un lieu qui m'a paru comme hors du temps et symbolique de notre culture mère. Et quel plaisir que de pouvoir entrer dans les somptueuses villae romaines, de toucher ses pierres vieilles de deux millénaires, d'apercevoir entre quelques recoins les traces du passé, de somptueuses mosaïques représentant hommes, femmes et animaux d'autrefois, ceux qui nous ont précédé mais qui me sont bel et bien apparus proches... En cet hivernal samedi d'automne, quelque peu ennuyant, bien que la perspective de me rendre pour la première fois aux Archives du Gers ce mercredi m'enchante, je pars sur les traces d'une ancêtre dont la vie, aussi longue que ponctuée de péripéties parfois dramatiques découlant des aléas de l'histoire, m'est depuis quelque temps moins inconnue, dont les mystères s'estompent peu à peu au fil des découvertes...

Marie-Catherine Leterre - XIXe siècle - Archives familiales
Certains ancêtres semblent avoir traversé les époques, survécu aux heures sombres de l'histoire, alors que parfois même leur famille entière a été emportée en quelques années. Leur courage et leur force morale semblent si grands au regard des mésaventures que l'Histoire leur a imposées. Marie-Catherine Leterre, née au XVIIIe siècle sous le règne de Louis XVI, âgée de cinq ans lorsque survint la Révolution, connut toutes sortes de régimes : Monarchies, Républiques, Consulat et Empires. Mère de onze enfants, elle vécut jusqu'aux prémices de la Troisième République et se trouve être l'arrière-grand-mère de mon arrière-arrière grand-mère. Sept générations et près de deux siècles nous séparent, et pourtant, son visage est là, immortalisé sur cette photographie qui par chance nous est parvenue. Marquée par les tempêtes de l'Histoire et par une succession de bouleversements, elle parvint pour autant à tirer son épingle du jeu d'une époque à l'autre. Son regard sombre semble teinté d'espoir, j'y aperçois une lueur de bienveillance qui brille fièrement, comme si, à travers cette photographie, Marie-Catherine Leterre s'adressait à sa postérité... Qui était cette femme, mon ancêtre, qui vécut entre deux siècles ?

Souvenir de la Seine. Vue de Normandie. - Dessin à la plume - Auteur inconnu - XVIIIe siècle - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
Marie-Catherine Letêre - l'orthographe du nom a varié selon les époques - voit le jour le dimanche 14 mars 1784, peut-être au moment de la messe. Baptisée le lendemain même, elle est la fille ainée d'Ange Nicolas Letêre et d'Angélique Mouchel, marchands blatiers à Malaunay, village situé à une quinzaine de kilomètres et quelques heures de marche au nord de Rouen. Malaunay compte alors trois paroisses : Saint-Nicolas, Saint-Maurice, et Notre-Dame-des-Champs, où vit la famille Letêre. Les blatiers sont des marchands céréaliers, plus particulièrement de blé, et selon certaines sources, des négociants qui achètent les céréales et la farine pour ensuite les revendre avec une commission. En 1785, le couple Letêre a une autre fille nommée Marie-Madeleine. Il y aurait possiblement eu une troisième fille, dont la trace m'échappe pour le moment. La famille vit paisiblement aux abords de la rivière Cailly - ou Maronna pour les romains -, dans la vallée du même nom, connue pour ses très nombreux moulins et son industrie prospère, notamment dans le domaine de la papeterie, véritable institution dans cette région au XVIIIe siècle. Plus tard, la vallée sera même surnommée "la petite vallée de Manchester" en raison de l'intense activité industrielle qu'elle connut. Marie-Catherine Leterre passe son enfance près de ses quatre grands-parents, de ses tantes, de divers cousins et membres de la famille. Son grand-père paternel, Nicolas Leterre, est marchand de chevaux, et sa grand-mère, Anne Bayeul, marraine de nombreux enfants des environs. Ses grands-parents maternels, Jacques Mouchel et Marie-Marguerite Moulin, sont papetiers, et ce comme leurs ancêtres depuis plusieurs générations. Des recherches dans le Journal de Rouen, qui existe depuis 1762, m'ont livré quelques anecdotes à propos de Malaunay, même si les indications sur la commune sont plutôt rares. Je ne m'étais jusqu'alors jamais interrogé sur l'alimentation de mes ancêtres. Mais, récemment, j'en suis venu à me poser toute une série de questions quant à cette thématique, et notamment la suivante : à quels endroits et de quelles manières mes ancêtres ruraux s'approvisionnaient-ils pour manger ? Il paraît évident que la famille Leterre, qui comptait divers commerçants, marchands de chevaux, de céréales, des bouchers et des boulangers entre autres, et qui possédait des terres, tirait parti de ses productions. Pour autant, certains aliments, ou du moins certains arbustes, ne pouvaient sans doute être trouvés qu'en magasin. Un bref passage de la rubrique "Annonces, Affiches et Avis Divers" du Journal de Rouen, dans un numéro des années 1780, décrit avec précision les marchandises proposées par un marchand de Malaunay : "[...] toutes sortes d'arbres fruitiers, hautes et basses tiges, comme poiriers, pommiers, abricotiers, pruniers et cerisiers très-forts, pruniers à fleurs-doubles et à fruit, merisiers à fleurs-doubles, fraisiers & framboisiers perpétuels, lilas doubles, de très beaux plants d'asperges de Hollande, dites gros-violet, de deux & trois sens [...], de la graine de petits radis blancs & roses, & graines de rave à petit colet." Un ouvrage de Gallica, intitulé Coutumes du pays et duché de Normandie offre des renseignements d'une tout autre nature quant aux "Usages locaux de Vicomté de Rouen"; dont voici quelques extraits : "I. Les héritages assis és Paroisses de Malaunay & Saint-Maurice, depuis la fontaine de la Cressonnière venant jusqu'au Bourg de Malaunay, & depuis le Pont dudit lieu jusqu'au Maupas, qui fait la séparation du Houlme & Malaunay, sont parta{gea}bles également entre frères [...] . III. Les femmes ont moitié en propriété aux acquisitions qui se font d'héritages franchement tenus en la dite Paroisse." En somme, les femmes pouvaient ainsi, ne serait-ce que partiellement, être propriétaires à Malaunay au XVIIIe siècle. Et pour se nourrir, les malaunaysiens devaient a priori acheter les arbustes cités plus haut pour les planter dans leur jardin, en récolter les fruits une fois la saison venue et en tirer de nombreux produits.

"La France éplorée [...]" - Estampe - 1794-1799 - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
Alors que les premières années de Marie-Catherine Leterre semblent tout à fait prospères, l'ombre de la terrible Révolution se fait de plus en plus menaçante. La vie de la famille Leterre au cours de la sombre décennie 1790 reste relativement opaque. Ange Nicolas Leterre et Angélique Mouchel auraient apparemment eu des dettes à une certaine époque, sans que je n'en sache davantage. Par ailleurs, à partir des années 1796-1797, les Leterre ne sont plus que cultivateurs et ne vivent apparemment que de leurs seules récoltes. Pour Marie-Catherine, cette décennie est tragique. Elle perd un à un tous les membres de famille : son grand-père paternel en 1795, ses grands-parents maternels en 1796, sa grand-mère paternelle, qui disparaît des registres au même moment - et dite morte par la suite - puis son père le 17 juillet 1801 et sa mère le 25 septembre de la même année. A dix-sept ans, Marie-Catherine et sa soeur Marie-Madeleine se retrouvent orphelines et sont confiées à Pierre Alexandre Quilbeuf, leur cousin, de près de vingt ans leur ainé. S'en suivent alors quatre dures années au cours desquelles Marie-Catherine travaille comme éplucheuse de laine, jusqu'à son mariage. La Révolution semble avoir été dramatique pour bon nombre de mes ancêtres...

Signatures du mariage Le Breton / Leterre - 12 février 1805 - Malaunay - Archives de la Seine-Maritime
La vingtaine à peine, Marie-Catherine épouse un serrurier de Pavilly nommé Jean-Baptiste Le Breton, de trois ans son ainé, fils de Jean-Ange Le Breton et d'Elizabeth Hurel. N'ayant pour l'instant pu accéder au contrat de mariage, j'ignore les tenants et les aboutissants de cette union. Je crois cependant savoir que Marie-Catherine et sa soeur héritèrent au moins en partie des biens laissés par leurs parents, ce qu'induirait la logique. A partir de février 1805, Marie-Catherine, devenue Mme Le Breton, cesse de travailler. Il est intéressant de noter que même si la Révolution a durement éprouvé leurs familles, les deux époux et leurs proches signent d'une écriture relativement correcte pour l'époque : "Catherine Leterre" ; "Breton fils" ; "Pre Quilbeuf ; "Le Breton perre [père]". Par ailleurs, j'ai estimé, suite à mes recherches et en comparant les structures familiales avant et après l'épisode révolutionnaire, que sur les onze ancêtres des familles Le Breton et Leterre vivants au moment de la Révolution, huit sont décédés ou ont disparu des registres entre 1789 et 1801. Cela dit, le couple Le Breton, qui s'installe au Houlme, bourgade proche de Malaunay, va fonder une famille fort nombreuse comptant pas moins de onze enfants nés entre 1805 et 1824. Sept d'entre eux survivent : Casimir, Honoré, Marcel, Célestine, Eulalie, Augustine et Tranquille - ce dernier est mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père -. Cette natalité fort élevée, inhabituelle pour ces familles là, pourrait bien s'expliquer par le désir de refonder une famille après la vague de décès de la décennie précédente, quoique cela relève davantage de mon interprétation personnelle que d'une quelconque preuve tangible.

Le Houlme et Malaunay - Carte de l'état-major - XIXe siècle - Géoportail - LIEN
Après les tumultueuses années révolutionnaires, Marie-Catherine Leterre semble avoir retrouvé un quotidien plus serein au Houlme, où son mari, qui a fondé une entreprise de serrurerie, se spécialise dans la construction de machines hydrauliques et de manèges. Je n'ai pas réussi à cerner ce que sont ces machines hydrauliques, si ce n'est qu'elles seraient liées au fonctionnement des locomotives, et qu'elles auraient été particulièrement utilisées en Seine-Inférieure, ce qui me parait d'autant plus étrange que les premiers chemins de fer sont apparus quelques décennies plus tard. Hormis ces fameux hydrauliques, Jean-Baptiste Le Breton fabriquait très certainement des serrures, des coffres-forts mais aussi des structures métalliques complexes. Un acte notarié rédigé à la fin des années 1830, dont l'existence m'est connue grâce à une publication officielle dans le Journal de Rouen faite à la demande de Marie-Catherine Leterre, décrit de manière plutôt détaillée la propriété des Le Breton au Houlme : "Une propriété en la commune du Houlme, à peu de distance de la grande Route de Rouen à Dieppe, à laquelle on accède par une large allée. Cette propriété qui a aussi un accès sur le chemin un passage, consiste en terrain, cour, maison, [...] arbres fruitiers et jardin [...] Sur le dit terrain sont édifiés un tènement de trois maisons, l'une de construction nouvelle, composée de rez-de-chaussée, premier étage et grenier, [...] la seconde composée d'un rez-de-chaussée seulement avec greniers [...] la troisième composée d'une cave, d'un rez-de-chaussée et d'un grenier [...]. Il existe à la suite un petit bâtiment à usage d'écurie [...] un bâtiment à usage de pressoir avec une chambre au-dessus [...] au côté sud un vieux bâtiment couvert de chaume [...] un petit bâtiment en planches [...] un hangar [...] et vers le milieu un autre bâtiment à usage d'atelier de construction de machines hydrauliques et de manège." Il semble, à la lecture des nombreuses pages de cet acte dont je vous reparlerais éventuellement, que cette propriété qui était une ancienne ferme médiévale ou un regroupement de maisons, ait été transmise entre plusieurs membres de la famille Leterre. Elle appartenait originellement au grand-père paternel de Marie-Catherine. Suite à plusieurs contrats, elle en avait majoritairement hérité, le reste appartenant à ses soeurs - la troisième soeur n'est connue que par cet acte, comme étant l'épouse d'un certain Pompée Lacaille -. Malgré ces indications, je ne parviens toujours pas à localiser avec exactitude la propriété de Marie-Catherine Leterre, située très près de la route reliant Dieppe à Rouen, et ce même en observant attentivement les diverses cartes...

Troubles du Houlme. Pièces préliminaires [...] - Monographie imprimée - 1825 - éd. A. Boucher, Paris - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
En août 1825, sous Charles X, et alors que Marie-Catherine atteignait déjà les quarante ans, une révolte connue sous le nom de "Troubles du Houlme" éclata suite à un différend entre M. Levasseur, industriel filateur au Houlme, et ses employés. Le patron se refusait à payer à ses centaines d'employés la demi-heure supplémentaire qu'il leur imposait le midi sur leur temps de repas, ce qui conduisit ces derniers à se rassembler devant le hall d'entrée sud de la fabrique, où, acculés, Levasseur et son fils s'étaient réfugiés. Les ouvriers arrivaient par centaine des communes voisines et étaient au moins quatre-cents devant l'entrée du pavillon. Selon une autre version, cette révolte aurait également été motivée par le fait que les Levasseur retinrent en otage six ouvriers, dont quatre auraient été menottés. Les autres ouvriers auraient ainsi réclamé la libération de "leurs camarades". Avertis de la situation, le maire et son adjoint se rendirent immédiatement sur place, bientôt rejoints par le commandant de gendarmerie, exhortant le sieur Levasseur de calmer les esprits, ce qu'il refusa. Le commandant libéra tout de même deux des otages. Levasseur en fut irrité, refusa de libérer les quatre autres, et fit sortir les autorités de sa demeure. Puis, accompagné de quelques gendarmes, il aurait prononcé ces mots : "Marchez, Messieurs, je suis à votre tête, dissipez ces gens !" Le maire et son adjoint décidèrent de se rendre à Rouen pour alerter les "autorités supérieures". Au même moment, de nouveaux ouvriers arrivèrent et jetèrent des pierres sur les fenêtres de l'établissement Levasseur. Levasseur père et fils, justement, étaient parvenus à s'enfuir et tentaient de rejoindre Rouen, escortés, par la route reliant Dieppe et Rouen. Et c'est "parvenus à peu de distance de la fabrique de M. Le Breton" qu'ils furent bloqués par la foule d'ouvriers. Le fils Levasseur aurait alors encouragé son père à "foncer sur le peuple". Une autre version, celle qui mentionne la propriété de Jean-Baptiste Le Breton et de Marie-Catherine Leterre, décrit une scène plus nuancée. Les Levasseur auraient cédé aux revendications des ouvriers mais la foule, attroupée des deux côtés de la route, armée "de grandes perches, de bâtons et de pierres", criant "Il faut que tu meures" et les "menaces et sottises les plus ordurières", agressa plusieurs gendarmes, dont les collègues répliquèrent en tirant. Il fallut attendre la nuit pour que la situation se calme. Cet épisode, qui prit le nom de "Troubles du Houlme" et fit la une des chroniques locales, donna lieu à de longues procédures judiciaires au cours desquelles, si je ne m'abuse, quarante témoins furent interrogés. Marie-Catherine Leterre et les siens assistèrent ainsi à une scène digne d'une Révolution. Je les imagine aux fenêtres du premier étage de leur maison observant inquiets ou surpris cette violente manifestation, des centaines d'hommes armés, hurlant, juste à côté des murs de leur propriété... Il y a fort à parier que Marie-Catherine Leterre s'en souvint longtemps.

Port de Rouen. Capitale de la Normandie. - Estampe - 1830 - Eugène - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
Les dernières années de la Restauration vont réserver quelques malheurs à Marie-Catherine. En 1828, alors que le couple Le Breton, approchant de la cinquantaine, a la joie d'assister à la naissance de Clarisse Le Breton, première de leurs nombreux petits-enfants, Jean-Baptiste Le Breton tombe malade. Au printemps 1829, il se rend à l'Hospice de Rouen où il meurt au mois de juin, dans sa quarante-huitième année. Marie-Catherine, désormais veuve, avec six enfants à charge, l'un de ses fils étant déjà marié, sans aucune profession, connaît de nouveau une période compliquée. Il est également à noter que sur ses onze enfants, elle en perdit quatre : Césarine, Virginie, Aglaé et Onésime. Ses successives grossesses l'ont sans doute physiquement épuisée. Si, au cours de la décennie qui suit, Marie-Catherine conclue pour ses enfants des mariages avec, si je puis dire, de bons partis, et vit de quelques rentes, elle fait face à un autre problème majeur. En effet, depuis plusieurs années déjà, son fils ainé, Casimir Le Breton, bien que tuteur de ses frères et soeurs les plus jeunes, est en proie à de graves problèmes psychiques, à tel point que Marie-Catherine le loge séparément du reste de la famille, dans l'une des trois maisons de la propriété.

Vue de Rouen - Aquarelle - Giuseppe Canella - 1830 - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
A la fin des années 1830, Marie-Catherine vend la propriété à l'un de ses fils, ce qui lui rapporte une somme plutôt considérable dont elle tire par la suite des rentes. En réalité, il est à supposer qu'étant donné que Marie-Catherine continua à vivre dans cette propriété, tout ceci ne fut qu'un tour de passe-passe financier pour régler d'éventuels problèmes de fiscalité ou de droits successoraux. Marie-Catherine apparaît, au fil des actes notariés, comme une femme procédurière et précautionneuse, notamment en ce qui concerne ses biens et les parts d'héritage de ses enfants. J'ai remarqué que ce trait de caractère revenait très souvent chez les ancêtres ayant connu la Révolution de 1789. Cette sombre décennie 1789-1800 les a sans doutes impactés mentalement. Ainsi, cinquante ans précisément après le début de la Révolution, alors qu'apparaissent les premiers chemins de fer et la photographie, Marie-Catherine Leterre, approchant de la soixantaine, vit toujours au Houlme, près de ses enfants et de ses toujours plus nombreux petits-enfants. Son dernier fils, Tranquille, mon ancêtre, n'est qu'un jeune adolescent alors que la plupart de ses frères et soeurs sont déjà mariés. En 1845, Marie-Catherine et ses proches assistent, médusés, à la terrible tornade qui s'abat sur la vallée de Rouen, et dont je compte vous parler un jour. Les années 1850 vont prendre un tournent dramatique...

Sans lettre. Scène de meurtres [...] . - éditeur Italo-Germanico Napoli - XIXe siècle - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
En 1852, Casimir Le Breton, fils ainé et psychiquement déséquilibré de Marie-Catherine Leterre, semble avoir été banni de sa famille et vit pauvrement à Sotteville-lès-Rouen, à une large quinzaine de kilomètres au sud du Houlme et de Malaunay où résident ses frères. Sa folie ne l'a pas empêché, malheureusement, de fonder une famille. Marié à Eugénie Loyer, de près de dix ans sa cadette, il est père d'au moins sept enfants. Le 7 juin, cette famille fait tristement la une du Journal de Rouen et défraye la chronique locale pour "un horrible événement" qui a "jeté l'épouvante dans la commune de Sotteville". Voici les principales lignes retraçant la tragédie : "[...] Casimir Le Breton [...] demeurant rue Amélie, n°3 [...] était depuis longtemps en proie à une excitation frénétique dont personne ne comprenait la cause. De fréquentes menaces sortaient de sa bouche, et, comme elles n'avaient rien de précis et de déterminé, personne n'y prenait garde ; mais dans la nuit de samedi à dimanche, vers deux heures du matin, cet individu [...] dont aucune contrariété, aucune querelle, n'avait excité la veille l'humeur bizarre, se leva, et s'armant d'un couteau de chasse, alla vers le lit où dormait sa femme, et porta à celle-ci plusieurs coups mortels. Pour fuir son assassin, la malheureuse se jeta à bas du lit ; mais, transpercée par l'arme meurtrière, elle tomba sur le parquet et rendit le dernier soupir. Ce lugubre forfait ne fit sans doute qu'exciter la fureur du meurtrier, car il continua son horrible exécution, en frappant de nouveau son propre fils, âgé de seize ans, nommé Albert, qui défendait sa mère. Cet infortuné put se mettre hors de la portée de ce furieux en se trainant jusqu'au lit placé dans la chambre, où il s'étendit sans connaissance et tout ensanglanté. Après le silence qui suivit cette lutte affreuse, une des filles de l'assassin, âgée de quinze ans, que l'effroi avait tenue immobile, sortit toute éperdue de la maison où s'accomplissait ce drame terrible pour appeler au secours et aller chercher le commissaire de police, M. Delalande. Mais lorsque la jeune fille et le commissaire, qui s'était muni d'un pistolet pour se soustraire, en cas d'attaque, aux atteintes de l'insensé dont il voulait se rendre maître, pénétrèrent dans la chambre, un spectacle plus horrible encore s'offrit à leurs yeux. Le commissaire, tenant son pistolet en main, avait déjà enjambé les cadavres d'un homme et d'une femme, et voyant encore un autre homme conservant les apparences de la vie, s'avança vers celui-ci et le somma de se rendre ; mais il s'adressait au fils de Le Breton, qui put à peine répondre d'une voix éteinte au commissaire qu'il était la victime et non l'assassin, et désigner par un geste au magistrat son père étendu sur le parquet. Le meurtrier, au paroxysme de sa rage, avait dirigé contre sa poitrine la lame homicide, et, en se rejetant violemment sur elle, s'était transpercé d'outre en outre. La pointe de l'arme traversait son corps étendu sur le carreau. Par un bonheur providentiel, deux autres petites filles de ce crime inexplicable, l'une âgée de trois ans et demi, l'autre de trois mois, toutes deux couchées avec leur mère, avaient échappé à ses coups ou avaient été épargnées par lui [...] aurait agi [...] d'après les bruits qui circulent, sous l'empire {l'emprise} d'une aliénation mentale dont il donnait depuis longtemps des preuves non équivoques. Son malheureux fils est encore dans un état très alarmant." Pour faire court, Casimir Le Breton, qui selon moi était schizophrène, a violemment assassiné sa femme et plusieurs de ses enfants. Cela explique peut-être pourquoi le seul de ses fils dont j'ai retrouvé, vingt ans plus tard, la trace à Paris, avait un bras en moins... La personnalité terrifiante de ce Casimir Le Breton nous en apprend pourtant davantage sur Marie-Catherine Leterre. Cette dernière, qui avait déjà confiné son fils dans une maison différente de la sienne, semble, et on peut tout à fait la comprendre, s'en être débarrassé en l'envoyant de l'autre côté de la vallée de Rouen. L'imprécision et les erreurs des déclarations faites suite à ce tragique événement portent à croire qu'aucun membre de la famille Le Breton, peut-être soucieux de ne pas être associé à ce frère déséquilibré et de ne pas jeter l'opprobre sur la fratrie d'entrepreneurs, ne s'est déplacé jusqu'à Sotteville-lès-Rouen. Pire encore, ni Marie-Catherine Leterre ni ses six autres enfants n'ont apparemment pris en charge les enfants meurtris et traumatisés de Casimir Le Breton. Un sombre épisode pour cette famille...

Rouen. Jardin de Solférino & tour St Laurenzo - 1866 - Isidore Deroy - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
Les années s'écoulèrent cependant plus paisiblement après cette tragédie. Marie-Catherine Leterre était déjà âgée, et vivait entourée de ses enfants, petits-enfants - dont mon arrière-arrière-arrière grand-mère Alexandrine Le Breton - et mêmes de certains de ses arrière-petits-enfants. Ses enfants avaient développé une activité prospère dans la serrurerie et la mécanique, l'une de ses filles avait épousé un imprimeur - ironie du hasard, cette profession était celle des ancêtres maternels de Marie-Catherine -. Elle survécut à son fils Honoré et mourut au Houlme le 26 janvier 1872, âgée de quatre-vingt-sept ans, matriarche et doyenne d'une famille nombreuse, sur les terres qui l'avaient vu naître, de l'autre côté de la rivière Cailly. La Troisième République était alors à ses débuts, tandis que Marie-Catherine Leterre, elle, avait vu le jour sous le règne de Louis XVI, presque un siècle auparavant...

Marie-Catherine Leterre - XIXe siècle - Archives familiales
Née dans la France du XVIIIe siècle, Marie-Catherine Leterre vit passer monarques et empereurs, des Républiques et des Monarchies, des révoltes locales et des révolutions nationales. Adolescente, elle perdit toute sa famille, vécut un temps dans la pauvreté, eut onze enfants et fut veuve pendant quarante-trois ans. Elle vit en outre apparaître les trains, la photographie et une multitude de changements. Marie-Catherine Leterre laisse une descendance impressionnante et impressionne par son courage. Ce n'est peut-être pas pour rien qu'elle est l'ancêtre la plus ancienne dont une photo nous est parvenue...


samedi 15 septembre 2018

Rendez-vous ancestral à la Belle Époque : rencontre avec Valentine Trevet - Première partie

Notre rendez-vous ancestral nous mène cette fois-ci à la rencontre de Valentine Alexandrine Trevet, future épouse Lehoux. Alors que s'écoulent paisiblement les dernières années du XIXe siècle, celle qui est la moins inconnue de mes arrière-arrière-grands-mères, âgée de dix-sept ans en 1894, s'adonne à la lecture et à la poésie, dans un cadre champêtre aux airs de Belle Époque. Partons pour cette douce France d'antan dont la seule évocation suffit à me faire rêvasser...

Quelque part aux confins de l'Anjou, 1894...

Une sorte de joie s'écoulait paisiblement de cette petite mare verdâtre que j'apercevais entre les barres du majestueux portail, lui aussi vert, mais sombre, plus imposant. J'entrevoyais les beaux arbustes, les meubles charmants et la sérénité qui émanait des lieux. Les oiseaux accueillaient jovialement de leur chant les quelques cousins, tantes et oncles invités par les propriétaires de la demeure, dominant les bords de la rivière. Au loin, quelques forêts, la bourgade, la filature et les usines. L'horizon d'une famille pour qui les dernières décennies du XIXe siècle semblent avoir été un long fleuve tranquille...

La veille, mon trajet en train depuis la capitale m'avait permis de rencontrer deux des invités de la famille Trevet et d'engager la conversation avec eux, un dialogue qui s'était fort bien déroulé grâce aux connaissances acquises lors des nombreuses lectures que j'ai pu faire de la presse de ces années-là. Ces quelques heures de trajet partagées dans le train furent si divertissantes que mes deux interlocuteurs parisiens, un certain M. Henry Le Breton et l'une de ses cousines, Mme Delafosse, me proposèrent de les accompagner au repas organisé par leurs proches parents, Alfred Trevet et Alexandrine Le Breton - mes ancêtres directs -. Je n'aurais pas imaginé pouvoir me faire inviter si facilement, mais il semblait y avoir une sorte de lien, quelque chose de similaire avec ces ancêtres et cousins du XIXe siècle. Un voiturier nous conduisit ensuite jusqu'à la demeure des Trevet, aux limites de l'Anjou...

Chevaux anglo-normands Calèche vis-à-vis - Estampe - Albert Adam - XIXe siècle - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
Je contemplais cette belle bâtisse dont l'apparence me rappelait quelque peu le style haussmannien que j'affectionnais tant, le charme des campagnes provinciales en prime. Des fleurs débordaient de cet havre de paix et leurs parfums s'harmonisaient. M. Jules Le Breton, frère d'Henry, fit sonner la clochette pour avertir les hôtes de leur arrivée. Une femme assez grande, la quarantaine, les cheveux lissés et vêtue d'une impressionnante robe nous ouvrit. Je devinais, à son regard empreint d'un délicat mélange de mélancolie et de bienveillance, qu'il s'agissait d'Alexandrine Le Breton, mon arrière-arrière-arrière-grand-mère.
-Ma cousine, quelle joie de vous revoir après tout ce temps ! s'écria Mme Delafosse, de son vrai nom Aimée Azelma Auber.
-Ma chère, c'est en effet un bonheur de vous retrouver ici, et en si bonne compagnie ! lui répondit-elle avec un sourire lumineux.
Alexandrine salua les autres invités : ses deux frères Jules et Henry, Albert, fils de Mme Delafosse et artiste dramatique en herbe, ainsi que sa belle-soeur Mme Dujardin, née Julie Trevet, accompagnée de sa jeune petite-fille Marthe Mutel. Il ne restait dès lors plus que moi et je fus présenté par Mme Delafosse :
-Ce jeune homme que nous avons rencontré lors de ce long trajet nous a été d'une compagnie fort sympathique. Aussi, désireux d'approfondir ses connaissances en histoire sur votre belle région, nous lui avons proposé de nous accompagner, si vous n'y voyez, je l'espère, aucun inconvénient.
Alexandrine me regarda, avec cette gentillesse qui la caractérisait déjà sur les photographies que je connaissais d'elle, et accepta : Ma foi, pourquoi refuserais-je ? Et puis, ma chère cousine, j'ai en vous et votre avis une entière confiance. Il y a suffisamment de pièces ici pour nous loger tous convenablement.
Elle se tourna ensuite vers moi : Jeune homme, me feriez-vous le plaisir d'accepter cette invitation ? Aussi, pourriez-vous, puisque si je ne m'abuse l'histoire vous passionne, nous parler quelque peu de cette discipline ?

Petit salon - Lithographie - Benoît Ph. - 1872 - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN
Nous entrâmes alors dans le vaste jardin... Un lieu hors du temps, d'une gaieté saisissante et d'une naturelle élégance. De part et d'autre, divers arbres fruitiers avoisinaient de somptueux rosiers, et, aux quatre coins de l'allée pavée qui menait à la demeure des Trevet, quelques petites chaises boisées étaient installées pour lire à l'ombre. Au loin résonnait la mélodie d'une vivifiante fontaine qui était cachée par de plus grands arbres. Des papillons, des hérissons et un écureuil peuplaient les lieux. Tout était propre et bien ordonné. L'ensemble était sublimé par une musique fort agréable qui émanait du salon dont la fenêtre était ouverte. On jouait du piano. Cette fin de XIXe siècle me paraissait être une époque absolument ravissante. Alexandrine ouvrit la majestueuse porte d'entrée, nous pénétrâmes cette fois dans le hall, face à un bel escalier, à la droite duquel une porte menait à la verrière. Nous allâmes à gauche, vers une porte aussi imposante que la précédente qui conduisait à un vaste salon. En entrant, je découvris une pièce spacieuse et j'avais l'impression de baigner dans une ambiance parfaite, presque artistique. Les fenêtres apportaient une lumière soyeuse, les rideaux et la tapisserie une ambiance chaleureuse. Une galerie de photographies encadrées décorait les murs. Ces portraits étaient ceux de plusieurs membres des familles Trevet et Le Breton, des êtres chers qui semblaient nous regarder avec bienveillance depuis une époque déjà lointaine. Je m'attardai sur deux d'entre eux, assemblés, que je reconnus ensuite. Alexandrine me confia qu'il s'agissait de ses parents, qu'ils lui manquaient et que ces portraits dataient de la génération précédente. Le souvenir des ancêtres revêtait visiblement une importance particulière en ce temps-là... Une grande table dominait le fond de la pièce, face à un miroir quelque peu majestueux.

Les époux Le Breton, parents d'Alexandrine, de Jules et d'Henry Le Breton- XIXe siècle - Photographies familiales
Je venais tout juste de remarquer mon arrière-arrière-grand-mère, Valentine Trevet, alors âgée de seize ans. Elle jouait justement du piano et s'arrêta pour saluer les invités, et parut fort joyeuse de revoir sa petite-cousine, Marthe Mutel, et son cousin, Albert Delafosse. Tous trois étaient à peu près du même âge. Valentine me paraissait être d'une grande intelligence, quelque peu timide et rêveuse. De taille assez grande et élancée, elle portait une longue robe amarante ornée de blanches fleurs et se terminant par de délicates manches en dentelle. Elle m'adressa quelques mots en souriant timidement :
-Monsieur, j'espère que ce morceau que je répète et pour lequel je m'entraîne tant vous aura plu.
-Assurément, je vois en vous les qualités d'une artiste. Et votre morceau s'accorde fort bien avec l'harmonie des jardins.
Elle parut heureuse et me remercia. Valentine semblait sereine et épanouie en cette fin de XIXe siècle. Elle ignorait encore tous les tourments qui l'attendaient au XXe... Il en était sans doute de même pour les autres personnes présentes en cette belle journée de l'an 1894. Mme Dujardin, qui raffolait apparemment de la gastronomie française, demanda, curieuse, à sa cousine, quels seraient les plats du jour, ce qui ne manqua pas de faire rire Henry et Jules Le Breton, les deux frères d'Alexandrine. Ayant lu de nombreuses recettes de la France d'autrefois, je ne pouvais que me réjouir du repas qui s'annonçait.
-Voyons-voir ce que le traiteur nous propose : en entrées, nous avons un potage corsaire, du mouton aux marrons et une soupe aux légumes. Pour les plats, nous dégusterons palais de boeuf à la lyonnaise, salmis de perdreaux à l'Armagnac et pommes sautées au beurre. En ce qui concerne les desserts - Marthe se mit à sourire - seriez-vous tentés par des charlottes à la confiture, des meringues à la crème et un délicieux Saint-Honoré ?

Valentine Alexandrine Trevet - 1895 - Photographies familiales
Toutes ces personnes paraissaient si heureuses alors que s'écoulait paisiblement la dernière décennie du XIXe siècle. Un repas joyeux comme il dut il en y avoir d'autres se préparait. J'y étais, je ne sais par quelle chance, invité. Ces gens qui étaient mes ancêtres m'avaient ouvert les portes de leur belle demeure, un lieu agréable, fleuri et reposant. Toutefois, l'idée de converser avec des personnes dont les destins, les dates de décès et l'avenir m'étaient connus ne me paraissait pas envisageable. Avais-je le droit de m'immiscer dans la vie de mes ancêtres, à la manière d'un narrateur omniscient ? Comment aurais-je pu, en sachant pertinemment que le XXe siècle réserverait à Valentine Trevet de dures épreuves, la mort de ses parents et une guerre, lui parler comme si de rien n'était, alors qu'elle s'adonnait à ces passions littéraires et musicales ? Les invités se racontaient les dernières nouvelles, heureux de se revoir. Je devais m'éclipser avant que le repas ne commence. J'avais pris soin d'apporter avec moi quelques vieilles feuilles, une plume et un peu d'encre pour laisser un mot, comme je le fis lors d'un autre rendez-vous avec mes ancêtres maternels. J'écrivis ces quelques lignes : Chers amis, je vous remercie sincèrement pour votre accueil et votre invitation. J'aurais volontiers accepté de me joindre à vous pour ce repas, mais quelques affaires urgentes m'attendent un peu plus loin. Valentine, je ne peux que vous encourager à continuer la musique. Aussi je n'oublierai pas de sitôt ces belles rencontres. Il se pourrait bien que je repasse un jour. Je repartis discrètement, me retournant une dernière fois sur ces paisibles jardins. J'eus comme l'envie de m'y assoir et d'y rester lire, profiter de cette douce Belle Époque, mais je ne pouvais malheureusement pas rester dans un siècle qui n'était pas le mien et qui de toute façon s'achevait pour laisser place aux tragédies du suivant. Une fois sorti de la demeure de mes ancêtres, je sentis comme une brise de nostalgie passer. Le portail ne se referma pas totalement, et resta entrouvert, comme pour me signifier que j'étais le bienvenu en ces lieux du passé, disparus aujourd'hui. Aujourd'hui. Ce mot avait-il réellement un sens ? Quelque part, une partie de mon âme n'avait pas quitté cette demeure, ces jardins et leur paisibilité. Le piano résonnait de nouveau. Je m'étais juré d'y revenir un jour... 

Jardin anglais - Eugène Cicéri - XIXe siècle - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN - Bibliothèque de Strasbourg
Ce rendez-vous ancestral, que j'ai écrit en écoutant Saint-Saëns et Fauré, m'a permis d'imaginer certes de manière un peu idéalisée ce qui semble avoir été le paisible quotidien de mes ancêtres au cours de la Belle Époque. Les protagonistes de ce récit ont tous bel et bien existé : Henry et Jules Le Breton étaient les frères - restés célibataires à Paris - d'Alexandrine Le Breton. Ils avaient pour cousine Mme Delafosse, née Aimée Azelma Auber et fille d'Eulalie Le Breton, tante d'Alexandrine. Albert Delafosse était quant à lui le fils d'Aimée, et ainsi le cousin de Valentine et de Lucien Trevet. Il devient bel et bien artiste dramatique dans les années qui suivent. Sa mère et lui ont emménagé à Paris vraisemblablement à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe. Mme Dujardin, née Julie Trevet, était la soeur ainée d'Alfred Trevet, mari d'Alexandrine. Elle vivait dans les Yvelines. Marthe Mutel, fille d'Augustine Dujardin et petite-fille de Julie, resta proche de Valentine et de Lucien Trevet, au moins pour la décennie qui suivit. Ces personnes se sont a priori toutes connues, sans doute dans d'autres circonstances que celles choisies pour ce récit. Si certains éléments sont le fruit de mon imagination - je n'ai jamais pu visiter l'intérieur de la maison de la famille Trevet, si tant est qu'elle existe encore de nos jours -, je me suis tout de même efforcé de me rapprocher de la réalité. Les recettes proviennent de journaux des années 1880-1895 vendus dans les Yvelines. J'ai imaginé les jardins, le portail et le mobilier à partir de ce que laisse entrevoir une photo de la famille Trevet datée de 1894 et réalisée à domicile. S'il est certain que Valentine s'adonnait aux lettres, à la poésie et à la lecture comme en témoigne un objet généalogiquement fort précieux qui nous est parvenu, rien ne certifie qu'elle pratiquait la musique, si ce n'est que son futur mari Arsène Lehoux, ainsi que d'autres membres de cette famille dont mon grand-père Jacques Lehoux - qui était son petit-fils - en ont fait. Je donnerai à coup sûr une suite à ce rendez-vous, pour vous présenter Alfred et Lucien Trevet, père et frère de Valentine, ainsi que d'autres photos et documents me tenant particulièrement à coeur.
 
Parenté des protagonistes de ce récit - Archives personnelles à partir de recherches et de mon arbre généalogique
Il s'agit de ma troisième participation au rendez-vous ancestral, exercice mêlant écriture, fiction, généalogie, histoire, imagination... Un mélange d'histoire et d'écriture teinté de romanesque que j'affectionne particulièrement même si je n'ai pas forcément le temps d'y prendre part chaque troisième samedi du mois. Mes deux autres participations m'ont bien plu également. La première se déroule au cours de l'été 1905, dans le Sud, à la rencontre de mes ancêtres maternels. La seconde nous a permis d'embarquer à bord d'un bateau de pirates au Havre en 1816 et nous a fait découvrir la vie à bord d'un navire de l'époque. Je vous invite, pour les lire, à suivre ces liens : Un jour d'été à Rivel et Larguez les amarres. Je vous souhaite à toutes et à tous un excellent samedi. A bientôt !