lundi 1 juin 2020

Des Bastide à la famille de Nègre : l'anecdote racontée par Jeanne Bourrel était donc vraie

Chers lecteurs, j'espère que vous avez traversé sans trop de soucis ces longues et éreintantes semaines d'épidémie et de confinement, qui représentent aussi une opportunité de saisir le cours de l'Histoire dans ce qu'il peut avoir de plus tumultueux. J'ai notamment une pensée pour ceux de mes abonnés Twitter qui ont été touchés par le virus. Je l'ai moi même très probablement eu et m'en suis par chance bien remis. Quelques jours à peine avant que ne soit instauré le confinement, et après être rentré du Portugal - qui est un pays tout à fait charmant, étonnant, où l'omniprésence de l'Atlantique contraste avec l'Espagne plus aride à laquelle je suis habitué - je me suis rendu aux Archives de l'Aude afin d'en apprendre davantage sur les ancêtres méridionaux de mon grand-père maternel. Il est de ces histoires familiales qui, se transmettant au gré des générations successives, s'apparentent au fil des années plus à une légende qu'à des faits réels. Bien souvent, l'origine même de cette histoire, de ce récit ancestral, dont il ne subsiste que quelques mots, est depuis longtemps retombée dans les limbes de l'oubli ; seule perdure une vague certitude, qu'un aïeul répète à ses descendants. C'est ainsi que peu avant ma naissance, mon arrière grande-tante Jeanne Bourrel (1907-1999) - soeur de mon arrière grand-père Pierre Antoine Bourrel (1899-1982) - raconta à ma mère, sa petite-nièce, lors d'une promenade au château de Chalabre, que les Bourrel étaient apparentés aux seigneurs locaux. Mon grand-père a lui-même toujours dit que sa famille était originaire de Chalabre et de ses environs, et gardait envers la région du Kercorb un attachement particulier. Pour autant, ma mère était restée plutôt sceptique, n'ayant pas de réelles preuves de ce lien de parenté, bien que sachant pertinemment que nos familles étaient là depuis des siècles. Le nom Bourrel est d'ailleurs emblématique de l'Aude, on en retrouve des traces au Moyen-Âge. Nous n'avions pas davantage enquêté sur la véracité de ce lien de parenté, jusqu'à ce printemps, où les recherches que j'ai menées sur une ancêtre maternelle des Bourrel, Marie-Anne Bastide (1748-1810), ont montré que le récit de tante Jeanne était loin d'être une légende.

Photographie du château de Chalabre prise par ma mère
Certaines branches de l'arbre généalogique sont parfois plus aisées à remonter que d'autres, nécessitent des recherches considérables et tel est le cas des Bastide. Au XVIIIe siècle, Chalabre, capitale historique du Kercorb, est une petite ville marchande, prospère, située aux confins méridionaux du Languedoc, à la croisée des paysages pyrénéens et méditerranéens.  Loin d'être un village renfermé, Chalabre attire entre ses murs médiévaux sillonnés par trois rivières de nombreux marchands, plus particulièrement des drapiers, la draperie étant, et ce bien avant l'apparition des industries du XIXe siècle, au coeur même de la vie économique du Kercorb. Mon ancêtre Françoise Bonet, dite Françoise Moïze, naît au cours de l'été 1780, fille de Moïze Bonet et de Marie-Anne Bastide, sa soeur Jeanne deux ans plus tôt. Je n'avais jusqu'alors retrouvé aucune trace du mariage de leurs parents dans les registres paroissiaux de Chalabre, ni même de Marie-Anne Bastide, ce qui pour être honnête s'avérait, à la longue, quelque peu frustrant. Une seule et unique indication semblait pouvoir orienter mes recherches : les deux soeurs Bonet avait un même parrain, Pierre Bastide, issu d'une famille de maîtres-pareurs de draps installée à Lavelanet. L'ambigüité entre les professions de maître-pareur et de marchand est notable, d'aucuns avancent que nombre de pareurs de draps, puisqu'ils devaient préparer les draps à la commercialisation, jouaient aussi le rôle de marchands. Un doute compromettait cependant mon hypothèse : deux Pierre Bastide vivaient au même moment à Chalabre, et n'étaient pas apparentés. Mes ancêtres, descendants de Moïze Bonet et de Marie-Anne Bastide, ayant été par la suite et pour la plupart chapeliers et cordonniers à Chalabre jusqu'à la fin du XIXe siècle - à la fois artisans et marchands - la piste des pareurs de draps me semblait être la plus probable, d'autant qu'en janvier 1771 Pierre Bastide, veuf de Suzanne Caujole, s'était remarié à Chalabre avec Paule Cambon. Je vous cite l'extrait de l'acte en question : "Les trois bans du futur mariage d'entre le sieur Pierre Bastide pareur de draps veuf de Suzanne Caujole fils légitime du sieur Jean Pierre Bastide aussi pareur de draps et de demoiselle Marie Foüet mariés de Lavelanet [...]". Il me paraissait évident, compte tenu du fait qu'il ne semblait pas exister de preuves concrètes de la présence de Marie-Anne Bastide à Chalabre avant la fin des années 1770, et que d'après son acte de décès elle devait être née au milieu de la décennie 1740, que c'était bel et bien vers Lavelanet, ville de grande importance pour le commerce des draps, qu'il fallait désormais se diriger. Une sorte de cliché plutôt répandu, quelques fois même dans le milieu universitaire, voudrait nous faire croire que sous l'Ancien Régime les gens ne se déplaçaient pour ainsi dire pas, ne sortaient que très rarement de leur village isolé. A mon humble avis, et au regard de ce que la généalogie et la lecture des registres paroissiaux de diverses régions m'ont appris, de nombreuses familles notamment marchandes se déplaçaient de villes en villes pour leurs activités, alternant parfois entre plusieurs endroits.

Mariage de Moïze Bonet et de Marie-Anne Bastide - 1777 - Lavelanet
J'accorde une importance toute particulière à l'intuition, qui plus que la méthodologie m'a souvent permis de retrouver certains ancêtres et de débloquer des ascendances que les registres ne semblaient révéler qu'avec lenteur et parcimonie. Lavelanet, qui existait apparemment avant l'arrivée des Romains et de laquelle Caracalla aurait fait venir des draps jusqu'à Rome, est la capitale du pays d'Olmes. Surplombée par les Pyrénées, son climat est bien plus froid et rigoureux que celui de Chalabre dont elle n'est pourtant distante que d'une vingtaine de kilomètres. Je pris pour point de départ de mes recherches la date du baptême de Jeanne Bonet, survenu en août 1778, pour remonter de manière antéchronologique les registres et retrouver le mariage qui me faisait jusqu'alors défaut. Et ce fut par chance d'une heureuse simplicité puisque ce mariage a eu lieu le 10 février 1777. Une trouvaille d'apparence banale qui nécessita tout de même quelques années de recherches ; personne n'avait d'ailleurs fait le lien entre Lavelanet et les drapiers Bastide présents à Chalabre. Cet acte confirme ma première hypothèse selon laquelle Marie-Anne Bastide est la fille de Jean Pierre Bastide et de Marie Foüet, comme l'atteste l'extrait suivant : "L'an mille sept-cent-soixante-dix-sept et le dixième jour de février, les bans de mariage entre Moyse Bonet [...] de la paroisse de Chalabre âgé d'environ vingt-cinq ans d'une part et Marie-Anne Bastide fille légitime de feu Jean Pierre et de Marie Foüet mariés de cette paroisse, âgée d'environ vingt-quatre ans [...]" Une autre preuve est apportée par les registres de l'insinuation de Chalabre - simple formalité transcrivant l'objet d'une donation ou d'un contrat de mariage, mais fort utile pour mettre la main sur des références d'actes notariés au XVIIIe siècle - auxquels j'ai pu accéder et qui nous renseignent sur les clauses du contrat de mariage. Marie-Anne Bastide fut plutôt bien dotée par ses oncles, et ce mariage a sans doute été profitable à Moïze Bonet, qualifié de maître-cordonnier. Je n'ai pas tardé à retrouver les décès de Jean Pierre Bastide et de Marie Foüet, datés respectivement du 24 janvier 1776 et du 1er décembre 1780  - les hivers étaient alors bien plus meurtriers que les étés - ainsi que l'acte de baptême de Marie-Anne Bastide en juin 1748. Une première certitude était ainsi établie, mais les recherches qui allaient suivre me réservaient quelques difficultés. Pour une raison qui m'est inconnue, et que je peine à m'expliquer d'ailleurs, les registres de Lavelanet concernant la période 1680-1737 ne sont pas présents sur le site des Archives de l'Ariège bien qu'ils existent. Une absence de registres sur plusieurs décennies est un obstacle des plus sérieux pour quiconque cherche ses ancêtres entre le XVIIIe et le XVIIe siècle, d'autant plus lorsque cette recherche est antéchronologique - en remontant littéralement le temps. - J'ai d'abord dû me contenter d'hypothèses, de comparaisons et de croisements. 

Signature de Jean Pierre Bastide - Registres paroissiaux de Lavelanet
Mes lecteurs les plus fidèles s'en sont sûrement aperçus, j'ai une certaine affection pour les signatures de mes ancêtres qui peuvent, pour les périodes antérieures au XIXe siècle et outre leur caractère éminemment personnel, être d'un grand secours et pallier les agaçantes lacunes des registres. La lecture approfondie des sept-cent-vingt-sept pages du seul registre qui couvre le XVIIIe siècle lavelanétien accessible sur le site des Archives m'a permis d'amasser plusieurs éléments susceptibles de me dévoiler l'ascendance des Bastide. La difficulté tient également aux homonymies et aux alternances de prénoms qui ont tendance à prévaloir dans la famille Bastide. Mon ancêtre Jean Pierre Bastide s'est souvent fait appeler Pierre, il semble qu'il n'ait rajouté "Jean" que pour se différencier de son propre fils Pierre, mais cela n'est pas certain ; et chaque génération compte son lot de Pierre, de Rose et de Paule Bastide. Hasard ou non, deux des soeurs de mon grand-père maternel portaient encore ces prénoms, une soeur de mon arrière-grand-père Pierre Bourrel se nommait aussi Paule. Ces prénoms ont-ils été inconsciemment ou volontairement transmis ? L'oncle ou la tante étant souvent parrain ou marraine, il n'est pas rare d'ainsi retrouver une Rose Bastide tante d'une Rose Bastide elle-même marraine d'une autre Rose Bastide, de quoi donner lieu à quelques imbroglios généalogiques. Quoi qu'il en soit, la signature de Jean Pierre Bastide est suffisamment particulière et remarquable par le signe qui la conclue pour que je puisse reconnaître mon ancêtre. Son épouse, Marie Foüet, a semble-t-il eu l'intelligence de signer, à partir des années 1750, en écrivant à la fois son nom et son prénom. Lire l'ensemble des actes, y compris ceux n'étant liés aux Bastide que de manière implicite, m'a permis d'apprendre que Jean Pierre Bastide avait été procureur à une certaine époque, et qu'il aurait peut-être joué le rôle d'une sorte de garant ou de prêteur d'argent, en plus de son activité dans la draperie. Des renseignements lus sur Geneanet tendent à renforcer cette hypothèse.

Vue des Pyrénées ariégeoises depuis l'Aude - photographie prise par ma mère
Sa présence au mariage de sa soeur Paule Bastide avec François Fonquernie en mai 1754 revêt un grand intérêt en ce que l'acte précise la filiation des Bastide. Jean Pierre Bastide serait le fils de Guillaume Bastide et Jeanne (de) Nègre - l'orthographe varie -, tous deux vivants au milieu des années 1750. A peine quelques mois après ce mariage, Jeanne (de) Nègre, assistant à l'ondoiement d'un nouveau-né, est qualifiée de sage-femme. Guillaume Bastide, qui exerçait la même profession que son fils, trépassa en 1757, âgé d'environ quatre-vingts ans. Je n'avais alors toujours pas accès aux registres manquants pour les trois premières décennies du XVIIIe siècle, lacune assez ennuyante puisque le mariage entre Jean Pierre Bastide et Marie Foüet avait eu lieu, selon l'arbre généalogique en ligne d'un lointain cousin descendant lui aussi des Bastide, en 1735. Ce cousin, que je remercie d'ailleurs chaleureusement, a eu la gentillesse de m'envoyer le contrat de mariage de Jean Pierre Bastide et de Marie Foüet en date du 3 mars 1735, dont voici l'extrait le plus intéressant : "L'an mille sept-cent-trente-cinq, et le troisième jour du mois de mars, l'après-midi [...] furent présents en leurs personnes Jean Pierre Bastide pareur de draps fils légitime et naturel de Guilhaume Bastide aussi pareur de draps habitant du dit Lavelanet et de Jeanne Nègre d'une part, et Marie Foüet habitante du dit lieu, fille légitime de feus Jean Foüet tailleur d'habits et Marie Martín [...]" Sans plus rentrer dans les détails concernant l'ascendance maternelle des Bastide, je me contenterai pour le moment de préciser que Marie Martín, fille de Philippe Martín, avocat et consul de Lavelanet, descend par sa mère des Correjon, une très ancienne famille chalabroise dont j'aurai tout le loisir de vous parler cet été. Petite-fille de Vincent de Correjon, les recherches concernant ses ancêtres m'ont mené jusqu'aux épaisses archives du Parlement de Toulouse.

Décès de Félicien de Nègre - 1er juin 1700 - Prades, Pyrénées-Orientales, AD11, 66J
Ayant ainsi la confirmation que Jean Pierre Bastide était bien le fils de Guilhaume Bastide et de Jeanne Nègre, de Nègre ou Negré - choisissez la variante que vous préférez, pour ma part seule Negré me déplaît car Nègre est l'orthographe d'origine -, le chemin du XVIIe siècle s'ouvrait désormais et s'annonçait fructueux. Jean Pierre Bastide, mort à l'âge de soixante-cinq ans en 1776, devait être né vers 1711 ; sa soeur Paule vers 1726, et leur père, mort en 1757, vers l'an 1677. De telles estimations laissaient à supposer que Jeanne de Nègre était plus jeune que son mari, et que le mariage avait sûrement eu lieu au plus tôt en 1700. En adhérant à l'EGMT - Entraide Généalogique du Midi Toulousain - idée qui me trottait déjà dans la tête depuis quelque temps, j'ai pu accéder aux registres manquants du site des Archives de l'Ariège. Entre-temps, l'acte de mariage de Guilhaume Bastide et de Jeanne de Nègre m'avait déjà été transmis. Daté du 16 février 1711, il n'y est fait aucunement mention des parents des époux, mais les paroisses dont ils sont originaires sont fort heureusement précisées. J'apprends ainsi que Jeanne de Nègre - qui s'appelait bien de Nègre - est native de Belcaire, village perché aux confins montagneux de l'Aude et de l'Ariège. L'un des témoins de ce mariage, Lazare Martín, n'est autre que le frère de mon ancêtre Marie Martín ; j'en déduis que toutes ces familles se connaissaient déjà. Je quittais Lavelanet pour revenir dans la Haute-Vallée de l'Aude, avec le secret espoir de mettre la main sur un contrat de mariage m'indiquant les parents respectifs des époux, ce qui, car j'ai été plutôt chanceux lors de ces recherches, fut le cas. Ayant accédé à cet acte grâce aux relevés de l'EGMT, je ne suis pas sûr qu'il me soit possible de diffuser l'image ici. A défaut, en voici les références précises : liasses notariales de Me François Fourié, notaire à Belcaire de 1699 à 1740, minutes de la période 1705-1714, côte 3E6769 - oui, le classement des archives prend parfois des airs de KGB...-  trois cent cinquante-cinquième page, janvier 1711. L'importance de cet acte est décisive puisque la filiation des époux y est attestée : Guilhaume Bastide est le fils de Jean-Pierre Bastide et de Marie Arnaud, maîtres-pareurs de draps de Lavelanet, Jeanne de Nègre celle du défunt Félicien de Nègre, issu d'une famille de la noblesse audoise, et de Paule Cazal, qui la suivit à Lavelanet. Si j'ai pris le soin de récupérer dans les registres paroissiaux de Belcaire quelques actes supplémentaires, j'ai aussi et surtout puisé l'ensemble de mes informations dans le fonds d'archives 66J des archives de l'Aude, consacré à la famille de Nègre et à ses ancêtres, et qui a fait l'objet d'un travail de classification et de répertorisation par le personnel des Archives. En réalité, me doutant bien avant d'accéder au contrat de mariage de 1711 que Jeanne de Nègre était issue de la famille du même nom, je me suis rendu aux archives de l'Aude peu de temps avant le confinement. Avec ma mère, que je remercie pour son aide dans la photographie des documents des archives, nous avons ainsi eu la joie de découvrir à Carcassonne d'innombrables documents dont certains extrêmement anciens concernant nos ancêtres. Nous devons avoir deux ou trois-cent pages photographiées, dont certaines qu'il me faut encore trier, livrant chacune de précieux renseignements sur cette famille qui, de ce que j'ai pu lire çà et là, descendrait à l'origine d'espagnols ayant pris part à la Reconquista au XIe siècle, installés par la suite au Pays de Sault. Il furent propriétaires du château des Nègre d'Able, dont les ruines existent encore à Belvis, et se virent confier la protection et le gouvernement militaire du bailliage royal de Sault, longtemps dernière frontière entre les royaumes de France et d'Espagne. L'ascendance de Félicien de Nègre n'a pas été difficile à reconstituer à partir des documents retrouvés dans la série consacrée aux Archives, d'autant que l'inventaire de cette série comprend déjà la trame essentielle pour établir son arbre généalogique. J'ai tout de même souhaité vérifier une à une ces informations, pour obtenir la filiation suivante : Félicien de Nègre, plus connu sous le nom de Sieur de la Serre, était l'un des fils de Jean de Nègre et de Madeleine de Couderc, le petit-fils de Pierre de Nègre et de Raymonde de Germa, l'arrière petit-fils de Pierre de Nègre et d'Angeline de Gayraud, et l'arrière-arrière petit-fils d'Antoine Ier dit Thonet de Nègre et de Jeanne de Lévis, issue d'une branche de la noble et très ancienne maison de Lévis ; cela explique à coup sûr le lien de parenté que mon arrière grande-tante Jeanne Bourrel a mentionné à ma mère. 

Pierre Antoine Bourrel, arrière-grand-père maternel
La véracité de ce récit, même s'il fut raconté sous la forme d'une anecdote lors d'une promenade, pose naturellement la question de la transmission généalogique : que nos ancêtres connaissaient-ils de leurs propres ancêtres, et de quelle manière la transmission d'un certain souvenir a pu être possible sur plusieurs générations ? Mon arrière grand-père maternel Pierre Bourrel (1899-1982), sa soeur Jeanne (1907-1999) et leurs huit autres frères et soeurs - Alfred, Joséphine, Lucienne, Marc, Hortense, Marie-Louise, Paule et le dernier, Jean-Baptiste, qui a vécu jusqu'en 2012 ; ils étaient dix enfants dans cette famille, et c'est là le record de mon arbre généalogique - descendent des Bastide, des Nègre et de Jeanne de Lévis par leur mère Marie Vassal (1876-1956), dont la mère Françoise Roussel (1847-1929), était l'unique fille de Vincent Roussel (1818-1905), lui-même fils de Françoise Bonet (1780-1836) et par conséquent petit-fils de Marie-Anne Bastide (1748-1810), qui est, si vous avez suivi le fil de cet article, la petite-fille de Jeanne de Nègre. Cette liste filiative, certes un peu rébarbative, permet d'entreprendre une analyse des chaînes de transmission des souvenirs familiaux. L'élément central est pour moi Vincent Roussel. Né en 1818, il est le petit-fils de Marie-Anne Bastide qui a connu sa propre grand-mère Jeanne de Nègre ; certains de ses grandes-oncles étaient encore en vie dans les premières décennies du XIXe siècle. En vivant lui-même jusqu'en 1905, il eut sûrement la possibilité de transmettre à sa fille, à sa petite-fille et même à certains de ses arrière petits-enfants ce qu'il savait de l'histoire familiale. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un hasard. Il y a, dans la famille de mon grand-père maternel, une transmission partielle, presque inconsciente mais bel et bien existante d'un certain souvenir du passé, que ça soit par l'intermédiaire de traditions, de superstitions, de proximité avec certains lieux, de relations amicales ou conflictuelles avec certaines familles. S'il y a bien quelque chose que mon grand-père a conservé de ses ancêtres, c'est avant tout le sentiment d'être de Chalabre et de sa région même si des apports extérieurs et ibériques sont intervenus, et sans pour autant connaître le détail de sa généalogie. J'avance cette hypothèse car elle me semble la plus probable, après-tout, en me racontant une multitude d'anecdotes sur les familles chalabroises, mon grand-père m'a à sa façon transmis une connaissance particulière de la généalogie du Kercorb, région aussi appelée Terre privilégiée.

Le château de Chalabre photographié par ma mère
Se pose enfin la question du rapport à une généalogie directe qui remonte au Moyen-Âge et aux familles qui ont fondé la bastide de Chalabre. J'observe, non sans amusement, pas mal de gens s'enorgueillir d'avoir tel ou tel ancêtre, et je conçois tout à fait que chacun ait son propre rapport à la question. Les titres et distinctions qu'ont pu avoir certains ancêtres m'intéressent bien peu, le fait même d'avoir des ancêtres nobles à une certaine époque ne me semble en rien exceptionnel - d'autant que j'en ai également trouvé dans mes ancêtres paternels. - En revanche, la perspective de pouvoir remonter mon arbre généalogique jusqu'au Moyen-Âge, de confirmer que les Bourrel sont des descendants directs de familles qui ont pris part à la l'Histoire, à une échelle locale ou plus large, d'ainsi découvrir de très anciens documents dont de magnifiques parchemins, de réaliser, lorsque je me promène dans les ruines des châteaux surplombant les montagnes de la région, que certains de mes ancêtres y vécurent un jour et que le lointain souvenir du lien avec ces ancêtres a quelque peu survécu aux siècles pour arriver jusqu'à nous me semble en tout point fascinante. Bien plus que leurs titres, c'est selon moi leur ancienneté historique et généalogique qui donne tout leur intérêt aux ascendances nobles. Vous l'aurez constaté, cet article est empreint d'une certaine rigueur parfois rébarbative, un peu comme une démonstration ; une rigueur qui me semblait importante car comme je compte consacrer d'autres articles aux familles présentées ici et aux nombreux documents les concernant, il me semblait nécessaire d'en préciser la structure, les liens de parenté et surtout les recherches qui m'ont permis de remonter les générations, pour, à partir d'une simple phrase racontée par mon arrière-grande-tante, retrouver une partie de l'histoire de la famille de mon grand-père maternel. J'ai réalisé ces recherches au cours des quatre derniers mois en plusieurs phases simultanées dont j'ai essayé de vous retracer l'essentiel ici. Ces recherches ont été longues et laborieuses, ont fait appel à des sources aussi diverses que nombreuses - registres paroissiaux, actes notariés, administratifs, articles, ouvrages, inventaires, relevés d'associations, documents d'archives rares et partage d'informations avec de lointains cousins - aussi il aurait été bien trop long, ennuyant et inutile de les détailler pas-à-pas. Pour être plus clair, j'ai mené cette enquête un peu comme un puzzle dont la dernière pièce manquante, à laquelle j'ai eu accès il y a peu, était ce fameux contrat de mariage entre Guilhaume Bastide et Jeanne de Nègre. A mesure que les pièces s'emboîtaient les unes dans les autres, le résultat final semblait évident. Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont facilité à leur manière ces recherches : ma mère, qui m'a notamment aidé à photographier les documents parfois très fragiles aux Archives, le personnel des Archives de l'Aude dont les conseils sur le maniement de documents très anciens ont été d'une grande utilité, mon lointain cousin descendant des Bastide qui a partagé avec moi des informations et m'a fait gagner un temps considérable, ainsi que les membres de l'EGMT qui m'ont permis de consulter des documents absents des archives en ligne, et sans oublier mon arrière grande-tante Jeanne, qui par une simple anecdote racontée au hasard d'une promenade nous a inconsciemment transmis le souvenir d'un lien très ancien avec nos ancêtres. J'ignore le nombre de descendants des familles citées dans cet article ; je sais qu'il y en a pas mal des Bourrel et des Vassal dans l'Aude ; il me semble que les Bastide ont eu des descendants dans la région puis en Algérie, quant à la famille de Nègre je sais qu'elle s'est divisée en plusieurs branches. Cet article fait office d'introduction à tous ceux, plus libres, qui concerneront les Bastide, la famille de Nègre et ses ancêtres, les Correjon et alliés. Je peux fournir l'ensemble des documents prouvant la filiation entre Marie-Anne Bastide et la famille de Nègre jusqu'à Antoine Ier de Nègre et Jeanne de Lévis, à l'exception de documents provenant de relevés faits par des associations que, si mes souvenirs sont bons, je n'ai pas le droit de diffuser. Je réserve par ailleurs mes informations aux personnes descendant des familles citées dans l'article. Nous sommes le 1er juin, soit trois-cent-vingt ans jour pour jour, et c'est un hasard, après le décès de Félicien de Nègre - voir l'extrait d'acte un peu plus haut dans l'article, qui, se trouvant dans les archives de la famille de Nègre, m'a épargné les registres écrits en catalan -. Mon anniversaire est demain et compte tenu du contexte il ne m'est hélas pas possible de voyager comme l'an dernier, mais j'espère y remédier dès que cela sera possible. Et puis, si vous voulez mon avis, la généalogie est une passion idéale pour survivre au confinement. A bientôt !

vendredi 3 janvier 2020

Tests ADN et généalogie : d'où viennent mes ancêtres ? Mon expérience personnelle

Carte du monde vers l'an 1519 - Fac-similé manuscrit (1843) - Jorge Reinel (1518-1572) et Otto Progel (1815-1887) - Provient de Gallica (BNF) - LIEN
Quiconque s'adonne à la généalogie tente de reconstituer les sinueux chemins empruntés par ses ancêtres, remonte en sens inverse les années pour entrevoir ce qui peut encore l'être d'époques passées, s'approcher au plus près de temps révolus, et si de précieuses archives subsistent pour mieux l'orienter dans ses recherches, elles ne peuvent l'aiguiller que sur un plan historique, limité de surcroît. Je m'estime déjà très chanceux d'avoir pu suivre la trace de mes ancêtres récents et plus lointains, pour certains jusqu'aux abords du Moyen-Âge. J'ai encore une multitude de recherches à effectuer, d'archives à déchiffrer et d'énigmes à élucider. Sur un plan historique, certes, la généalogie me permet d'en apprendre beaucoup sur mes ancêtres, du moins bien plus que je ne l'aurais imaginé une décennie plus tôt. Mais elle ne peut pour autant répondre à cette simple question : de quels peuples suis-je le descendant ? Elle en soulève parfois d'autres. Ma grand-mère paternelle avait-elle bien les origines italiennes qu'on lui attribue, et qui, en dépit de quelques indices, n'ont pu être précisément définies ? Mes ancêtres maternels, à cheval entre l'Espagne et la France, sont-ils ibères ? Pourquoi se rendaient-ils à chaque génération en Provence où ils avaient toujours un cousin ? Ceux de mes ancêtres qui vécurent dans les ports du Nord-Ouest trouvent-ils leurs racines outre-Manche ? Il y a dans ces interrogations quelque chose de philosophique, car elles touchent à notre héritage à la fois historique et génétique, à notre identité, à ce que nous sommes. Nous habitons tous une belle et vaste Terre, riche d'une incroyable diversité de peuples. Lesquels d'entre-eux ont plus profondément façonné notre héritage ancestral, légué leur empreinte génétique jusqu'à nous ? Je ne suis sûrement pas le seul à m'être posé cette question, et je ne prétends pouvoir y répondre pleinement. 

Boussole - Jean-Jacques Lequeu - Gallica (BNF) - LIEN
De nos jours, les moyens technologiques et scientifiques permettent, dans une certaine mesure, d'ouvrir la généalogie classique à un horizon plus large et apportent de nouvelles informations qui, si elles doivent bien-sûr être nuancées, sont loin d'être inutiles. J'ai eu vent, il y a deux ans, de la possibilité d'effectuer des tests ADN pour en apprendre davantage sur ses origines. Possibilité toutefois illégale dans l'Hexagone, la France étant le seul pays d'Europe avec la Pologne à interdire ces tests. Plutôt ouverts et curieux dans ma famille, nous avons choisi de sauter le pas. Leurs résultats pourraient, telle une boussole providentielle, nous orienter quelque peu sur les chemins empruntés par nos ancêtres. Ces tests étant pour l'instant interdits en France, je ne conseille ou ne déconseille à qui que ce soit de les faire et laisse chacun d'entre vous se fier à son libre arbitre et à sa curiosité personnelle. D'autres ont déjà a pas mal planché sur la question, et je leur laisse volontiers cette tâche. Mon rôle n'est pas de pondre un énième plaidoyer, un énième réquisitoire, et je ne prétends pas qu'une telle tâche m'incombe. En revanche, j'ai à coeur de partager avec ceux qui s'affranchissent des insipides polémiques que suscitent en France ces tests l'interprétation que j'ai faite de leurs résultats, les découvertes généalogiques qui ont découlé d'une telle démarche et les réactions parfois parfois surprenantes que je me suis plu à observer.


Atlas nautique de la Méditerranée - 1630 - Fonds régional PACA - Bibliothèques de Marseille - Gallica (BNF) - LIEN
Ma grand-mère et mes parents - pour ma part je compte le faire dans les prochains mois - ont ainsi chacun effectué ces tests ADN auprès d'une entreprise mondialement connue. Les résultats sont arrivés quelques semaines plus tard, et pour plus de précision je me suis adressé à deux ou trois autres entreprises très connues, soucieux de voir si les estimations des uns et des autres concordaient. En dépit de quelques variations, nous avons reçu des estimations très similaires. J'insiste dans un premier temps sur l'importance des termes estimations et variations. Les résultats fournis par les tests ADN autosomaux - prenant en compte les gènes transmis tant par les ancêtres paternels que maternels - sont présentés sous la forme de pourcentages indiquant une proximité plus ou moins forte avec telle ou telle ethnie, ou plutôt avec telle ou telle zone géographique. Pour être honnête, je ne pense pas qu'un chiffre puisse définir entièrement une origine, ce serait, pour le littéraire rêveur non-pragmatique et peu adepte du raisonnement scientifique que je suis, une aberration. Force est de constater que, comme il y a dans le cas de ma famille une concordance entre les estimations de chaque entreprise, ces chiffres, telles les aiguilles d'une boussole, pour reprendre cette métaphore que j'affectionne, ont tout de même un sens. Alors, roulement de tambour... Ma grand-mère est ibère, ma mère l'est encore davantage, toutes les deux ont des ancêtres finlandais, mon grand-père devait par ailleurs descendre de quelques vikings passés par là. Mon père est quant à lui pour moitié anglais, pour moitié italien, balkanique et turc - byzantin en quelque sorte - avec des ancêtres slaves et moyen-orientaux. Une fois passée la joie de découvrir ces estimations vient le temps de l'interprétation, laborieuse et progressive. J'ai longuement lu sur le sujet, d'innombrables études faites sur les origines de chaque peuple en question, j'ai écumé les discussions passionnées des forums de généalogie génétique où les gens débattent de leurs estimations, puis je me suis penché vers les calculateurs de Gedmatch pour tenter de préciser, dans la mesure du possible, ces chiffres.

Pompei - Photographie personnelle - 2018
Lorsque j'ai visité Pompei, plus que subjugué par la beauté et l'émouvant réalisme des lieux, j'ai éprouvé une sorte de fascination pour les somptueuses fresques, me demandant si l'une des personnes représentées pouvait être mon ancêtre très lointain. Et ce n'est peut-être pas impossible, finalement ! Trêve de plaisanterie, il y a bel et bien du sang italien qui coule dans mes veines. Je vous en faisais part un peu plus haut, l'Italie est l'une des principales origines géographiques estimées pour mon père, à 41,5% si vous aimez les chiffres. A cette estimation les optimistes répondront que mon père est à moitié italien, les pessimistes que ça ne prouve rien. Ma grand-mère paternelle aurait eu, par son père au moins, des ancêtres italiens, bien que picarde de naissance. Deux de ses arrière-arrière-grands-pères, inconnus en raison de relations hors mariage, sont supposés italiens. Regina, Luce, Angelina, Maria, les prénoms de ses tantes et de ses grandes-tantes n'étaient pour moi pas apparus par hasard, ou en raison d'une éventuelle et hasardeuse mode comme quelqu'un avait voulu me le faire croire. Les chiffres n'ayant pourtant que peu d'importance à mes yeux, une autre preuve me semblait nécessaire. Une preuve que constituent les correspondances ADN. D'autres l'ont sûrement dit avant moi, l'intérêt peut-être majeur de ces tests réside en la possibilité qu'ils offrent de retrouver des correspondances ADN, qui sont tout simplement des personnes avec qui l'on partage des segments d'ADN exprimés en centimorgan - que j'ai bêtement pris pour des centimètres au départ...-, un certain pourcentage de parenté et, en somme, des ancêtres communs plus ou moins lointains. Je n'ai choisi de me concentrer que sur les correspondances les plus proches, avérées, indiquant au plus loin un arrière-arrière-arrière-grand-parent commun avec mon père, correspondances parmi lesquelles figurent plusieurs italiens dont les arbres généalogiques accessibles en ligne indiquent qu'ils sont totalement d'ascendance italienne pour les siècles les plus récents. J'y travaille encore, mais il semble a priori que l'on puisse déterminer, en tenant compte des noms de famille communs aux ancêtres de plusieurs de ces personnes et de leurs régions d'origine, ainsi que des degrés de parenté induits par l'ADN partagé, deux apports italiens au XIXe siècle, l'un vers la Toscane, l'autre dans les régions méridionales. Là où les archives ne pouvaient guère hélas me permettre de retrouver les deux ancêtres manquants, l'ADN s'est avéré d'une grande utilité. J'ai maintenant la certitude que ma grand-mère paternelle avait des ancêtres italiens, et que si sa tante se nommait Regina ce n'est pas le fait d'une hasardeuse mode. Ma mère a aussi, selon l'ADN, quelques ancêtres italiens, dans des quantités moindres et plus lointaines, apport sûrement explicable par le fait que les ancêtres de mon grand-père maternel sont originaires de régions méditerranéennes. L'une de ses ancêtres s'appelait Jeanne Apostoli, et ce nom a pour moi une sonorité italienne. Puisque généalogie génétique et historique sont à mon avis intimement liées, je compte désormais étudier la population des lieux où vécurent les ancêtres de ma grand-mère paternelle pour voir si des familles italiennes, ou même des hommes italiens de passage, ne s'y seraient pas installés au milieu du XIXe siècle, et si par chance un nom coïnciderait avec ceux des ancêtres de mes cousins italiens. Pour l'anecdote, les calculateurs de la base de données génomiques Gedmatch, accessibles en ligne et pour lesquels il faut préalablement avoir effectué un test ADN et téléchargé les données brutes fournies, s'accordent pour indiquer une parenté entre mon père et, d'une part les toscans, d'autre part les siciliens. S'il est vrai que chaque estimation reste à nuancer, toutes semblent tout de même converger vers une origine commune. Une autre entreprise à qui j'ai demandé l'analyse des résultats a quant à elle proposé une zone englobant l'Italie du Sud, la Sicile et la Grèce plutôt que l'Italie du Nord. Pour connaître un peu les deux parties de l'Italie je préfère, honnêtement, le Nord, mais ces recherches me donnent maintenant envie de retourner dans le Mezzogiorno. 

Cousin Cousine - A. Choubrac - 1893 - Gallica (BNF) - LIEN
L'importance des correspondances ADN s'avère ainsi décisive, bien que la fréquence de ces dernières soit relative. Si des centaines de milliers de personnes ont déjà effectué des tests ADN, de très nombreuses autres ne l'ont pas fait, ou ne l'ont pas fait faire par la même entreprise. Le principe est similaire à celui de la loterie, vous pouvez avoir peu ou beaucoup de cousins, et en aurez forcément plus à mesure que le temps passe car les bases de données s'agrandissent chaque jour. La quantité n'est pas forcément ce qui prévaut et ma grand-mère maternelle a ainsi eu la surprise de retrouver par ces tests ADN les descendants de sa tante paternelle, perdus de vue et dont nous ne connaissions pas même les noms. Je suis depuis en contact avec l'arrière-petit-fils de la tante de ma grand-mère, qui est en conséquence mon cousin en termes de génération. Nous sommes tous les deux des arrière-arrière-petits-fils d'Honoré Julien Laffargue et d'Euphrasie Payros, qui étaient encore en vie à l'aube des années 1950. Une telle démarche peut être inversée. Mon père et l'une de ses cousines, également passionnée de généalogie et qui a fait les tests ADN, sont bel et bien apparentés. Qu'en est-il des correspondances plus lointaines, avec lesquelles la parenté génétique est inférieure à 0.5% ? Ayant lu à ce sujet des opinions fort négatives, et voulant m'assurer de leur fiabilité, j'ai étudié deux de ces correspondances jugées lointaines et peu fiables par les algorithmes des sites.

Berthe Clémence L., descendante des Mélin, Photo familiale
La première relie mon père à un frère et une soeur avec qui il partage respectivement 0,2 et 0,3% de parenté, ce qui est peu - à titre de comparaison, ma grand-mère en partage 5,2 avec le fils de sa cousine. Effectuer un test ADN permet de consulter les arbres généalogiques des personnes ayant avec nous une correspondance ADN, dans la mesure où ces personnes prennent la peine de renseigner leur arbre, évidemment, et souvent au prix d'un abonnement. Lorsque j'ai consulté l'ascendance de la soeur et du frère lointainement apparentés à mon père, et bien que leur arbre soit complet pour les premières générations, je n'ai pas trouvé d'ancêtres communs. Mais en cherchant sur geneanet, je me suis aperçu qu'ils descendaient tous les deux d'une certaine Anastasie Mélin, qui n'est autre que la soeur d'Anne-Catherine Mélin, l'arrière-arrière-arrière-grand-mère devenue aveugle de mon père, dont je crois déjà avoir parlé dans un article. Nos ancêtres communs sont nés dans les années 1780, morts en 1849 et en 1862, et leur héritage génétique nous lie encore. Mais, plus intéressant qu'un cousinage et la reconstitution d'une branche de l'arbre généalogique, la comparaison des estimations de nos origines géographiques a mis en évidence deux régions communes, à savoir le Moyen-Orient et les Pays Baltes. Si mon père n'a que très peu de Pays Baltes (0.9% sur l'actuelle Lituanie), nous supposions tout de même que cet héritage venait de sa grand-mère maternelle, par qui il descend de la famille Mélin. Il me semble dès lors envisageable, grâce au croisement des correspondances ADN, des estimations géographiques et des recherches généalogiques, de pouvoir partiellement déterminer les origines d'ancêtres lointains. Les pessimistes y verront des hasards successifs, pour ma part je trouve que seul le croisement des informations donne une réelle signification aux pourcentages, les chiffres n'ayant selon moi aucun sens sans des mots pour les expliciter. Mon deuxième essai s'est porté vers une correspondance très faible - un unique segment ADN commun - que ma mère partage avec quelqu'un, ironie de l'histoire, qu'elle connaît de vue. Toujours en croisant les données généalogiques de plusieurs sites, nous nous sommes aperçus qu'il s'agit d'un descendant d'Antoine Huillet et de Brigitte Cabanié, arrière-arrière-arrière-grands-parents de ma mère qui vécurent au XIXe siècle. Les correspondances ADN, jugées lointaines et peu fiables, se révèlent encore une fois réelles. Bien que je ne m'attache guère aux chiffres, tous deux partagent très exactement le même pourcentage d'une origine en particulier. S'il est certes rébarbatif d'à ce point détailler les correspondances ADN, je pense qu'il s'agit là de l'intérêt majeur de ces tests. Je déplore cependant que nombre de personnes ayant fait analyser leur ADN ne prennent pas la peine de remplir leur arbre généalogique, empêchant ainsi de déterminer la parenté que l'on partage avec eux. Et si les correspondances ADN m'intéressent, ce n'est pas tant pour savoir avec quelle famille je partage 0.1% de mon ADN, mais bel et bien pour en apprendre davantage sur les ancêtres que nous partageons.

Santa María de la Sede, Sevilla - Photographie personnelle - 2018
Intéressons-nous maintenant à mes aïeuls maternels. Sans grande surprise, ma mère, dont les ancêtres n'ont pas vécu plus au nord que les départements de l'Aude et du Gers, est majoritairement d'ascendance ibérique, tant par mon grand-père que par ma grand-mère. A 80,4% pour les aficionados de statistiques. Une telle estimation me semble pour le coup concrète dans le sens où elle correspond à ce que nous avions prévu, mais très vague car englobant l'Espagne, le Portugal et la France méridionale ; il nous est difficile de préciser de manière exacte les régions dont sont originaires nos ancêtres. D'autant que les analyses ADN ne feraient pas le distinguo entre espagnols et français méridionaux, c'est du moins ce qui m'a été rapporté. Connaissant très bien ma région et l'Espagne où je suis souvent allé, j'ai l'intime conviction que la plupart des familles locales sont au moins partiellement d'ascendance ibérique ; il est difficile de ne pas trouver parmi les gens en descendant quelqu'un n'ayant pas un ancêtre espagnol plus ou moins proche. Le village de naissance de mon grand-père se situe à la croisée des paysages méditerranéens et pyrénéens. Une question restait en suspens : mes ancêtres ibères se rapprochent-ils davantage des français méridionaux ou des espagnols ? Une fois n'est pas coutume, je m'en suis d'abord remis aux calculateurs de Gedmatch qui permettent aussi de comparer vos données génomiques à celles de régions précises, de sorte que ma grand-mère gersoise semble plus proche des castillans que des gascons, tandis que mon grand-père aurait une forte parenté avec les habitants de la région valencienne, à l'est de l'Espagne, le long des côtes méditerranéennes. L'analyse des correspondances ADN, certes plus nuancée, tendrait tout de même vers des conclusions similaires. J'ai été fort surpris par le nombre de correspondances ADN, dont certaines assez proches, que ma mère et ma grand-mère ont en Amérique Latine, du Mexique à l'Argentine, puis par celles qu'on leur trouve également au Maroc et en Algérie, et, surtout, en Espagne. Les correspondances françaises regroupent principalement des personnes originaires de l'Aude et du Gers, partageant avec nous les cousinages en Espagne. Or, certains de ces espagnols à qui nous sommes apparentés ont rendu accessibles leurs arbres généalogiques, comportant des ascendances entièrement espagnoles dans lesquelles les régions sont précisément indiquées. Ces informations correspondent nettement aux estimations proposées par Gedmatch, qui indique d'ailleurs pour ma mère et ma grand-mère une plus grande proximité avec la plupart des régions espagnoles qu'avec les français du Sud-Ouest. Cet apport ibérique ne s'est cependant pas fait soudainement, et c'est en remontant l'ascendance de mes grands-parents que l'on trouve, à chaque génération, des noms à consonance ibérique. Si les ancêtres de mon grand-père me sont connus jusqu'à la fin du XVIe siècle, ceux de ma grand-mère peinent à être retrouvés en raison du manque d'archives. Je pense tout de même que ces ancêtres doivent être assez récents pour que nous partagions des correspondances ADN en Amérique Latine. Certains français méridionaux semblent surpris d'être plus proches génétiquement des espagnols mais en ce qui concerne mes ancêtres maternels, cette proximité me paraissait évidente. J'ai toujours préféré, qu'il s'agisse de rythme de vie, de climat, de gastronomie, de musique, de paysages ou d'architecture, l'Espagne à la France. L'espagnol est, après le français, la langue à laquelle je tiens le plus. Je me plais à rêvasser à l'éclatante blancheur des villages andalous où, sous un ardent soleil, résonnent des airs effrénés de flamenco. C'est presque instinctif en fait. Sans vouloir jouer les voyants, je pense que l'on a inconsciemment une attirance pour certains pays ou peuples plus que pour d'autres, et que l'héritage génétique peut très bien en être un facteur. Il s'agit là d'une interprétation personnelle, bien entendu, prenez-la comme telle.

Carte de la Scandinavie - Cordier et Sanson - Gallica (BNF) - LIEN
Outre cette prédominance ibérique, les héritages génétiques de ma mère et de ma grand-mère m'ont emmené vers des contrées plus lointaines, et à notre grand étonnement jusqu'en Finlande. Je n'ai pas tout de suite été convaincu par ce résultat, bien que l'idée d'avoir quelques racines en terre finno-ougrienne me plaisait. Plusieurs personnes faisaient part, dans les discussions que j'ai pu lire, d'une erreur dans le calcul des estimations qui attribuait à des personnes d'ascendance ibérique des origines finlandaises ; or, elles ne se référaient qu'à une entreprise en particulier, et dans le cas de ma mère et de ma grand-mère, toutes ont retrouvé la trace d'un héritage génétique finlandais ainsi que des correspondances dans ce pays-là. D'un point de vue généalogique, je sais seulement que la grand-mère de ma grand-mère avait un nom à consonance nordique, et que ce nom n'a été porté en France que par quelques dizaines de personnes tout au plus, et ce dans un périmètre spécifique et très restreint. Les autres porteurs de ce nom vivent exclusivement dans le nord de l'Europe, mais il m'est hélas difficile de reconstituer l'ascendance de cette famille dans laquelle les hommes avaient des enfants à un âge très avancé. Un siècle sépare ainsi la grand-mère de ma grand-mère, née en 1880, de son propre grand-père, né quant à lui vers 1779, et de qui elle a hérité son patronyme si particulier. Je n'ai retrouvé en France aucune trace de ce nom antérieure au milieu du XVIIIe siècle, et dans l'hypothèse que l'ancêtre en question aurait bel et bien eu une origine septentrionale, son héritage génétique pourrait s'être transmis jusqu'à ma grand-mère et ma mère en raison du faible écart générationnel - quatre à cinq générations au plus - les séparant sur près de deux siècles. Nous avions aussi émis l'idée que cet héritage finlandais aurait pu être transmis par le père de ma grand-mère, mais les cousins dont j'ai précédemment parlé, descendants de cette partie-là de ma famille, n'ont pas eu de résultats indiquant une origine finlandaise. Soulignons tout de même que si les archives du département concerné étaient entièrement numérisées, il m'aurait peut-être été plus simple d'entreprendre de nouvelles recherches. La patience n'est pas toujours mon fort. Serait-ce là un trait de caractère viking ? Je l'ignore, mais j'ai en revanche appris que ma mère a aussi, par mon grand-père cette fois, des ancêtres scandinaves. 11,5% pour les amoureux des nombres. Est-ce l'oeuvre des vikings qui sont passés, si je ne m'abuse, par l'Espagne et le Portugal, et ont ravagé Séville vers le IXe siècle ? Cela semble le plus plausible. Il est amusant de constater que si nous avions inversé l'ordre des tests, si j'avais obtenu moi-même du scandinave et du finlandais sans pouvoir ni connaître ni étudier les résultats de mes parents, tout le monde aurait parié que cela venait de mon père, grand avec les yeux bleus, et non de ma mère ou de ma grand-mère, toutes deux brunes. Il est vrai que j'aime me moquer, gentiment bien-sûr, de raisonnements stéréotypés que les gènes viennent quelque peu infirmer, contrarier et bousculer. Les idées reçues ont visiblement la vie dure, et je me plais à les remettre en question. La Finlande est une excellente surprise.

Famille Trevet en 1894 - Photographie familiale
Des familles dont descend mon grand-père paternel, plusieurs sont originaires des ports du Nord-Ouest, de la Haute-Normandie à la côte d'Opale. Ce sont d'ailleurs les ancêtres dont je parle le plus régulièrement dans mes articles puisque j'ai pu suivre leur trace en général jusqu'aux XVIe et XVIIe siècles, et bien qu'il me reste un travail considérable à accomplir pour mieux comprendre leur histoire, j'avais la certitude que mon père aurait un héritage britannique conséquent, à peu près dans les mêmes proportions que l'italien. Mon arrière-arrière-grand-mère paternelle Valentine Trevet, que vous apercevez ici photographiée avec ses parents en 1894, était normande d'origine et de naissance. Son père est le seul ancêtre proche à avoir été roux, - oui, je verse moi aussi dans le stéréotype, mais c'est une couleur de cheveux que je trouve rare et belle -, et le nom que portait sa mère, Le Breton, pourrait aussi bien faire référence à la Bretagne française qu'à la Grande-Bretagne. Plus anciennement, de nombreux ancêtres m'ont mis sur la piste de l'Angleterre ; citons notamment Anne Talbot, son père Jacques et sa mère Marie Neel, ou Elisabeth Langlois. Les normands sembleraient plus anglais que scandinaves. Certains des ancêtres de mon arrière-grand-mère paternelle vécurent eux-aussi dans les ports du Nord-Ouest ; il y a peu, je découvrais que l'ancêtre d'une famille dont descend mon arrière-grand-mère aurait fui l'Angleterre d'Henri VIII, information que je dois néanmoins vérifier. De manière plus générale, il est certain que la présence anglaise a été pour le moins considérable dans les ports du Nord-Ouest, et même significative. L'apport anglais est en revanche plus ancien que les origines italiennes et espagnoles, car si j'ai un grand nombre de correspondances outre-Manche et outre-Atlantique, la plupart semblent lointaines. Si je m'en réfère à la généalogie seule, dans son aspect historique du moins, les ancêtres de mon grand-père paternel, qui sont les mieux connus de mon ascendance, étaient pour la plupart français. D'aucuns reprochent aux entreprises proposant les tests ADN de considérer les français du Nord-Ouest comme des britanniques ; selon moi, l'apport anglais reste tout même important, du moins pour les ports normands. Mais je dois avouer avoir été surpris que les ancêtres de mon arrière-arrière-grand-père paternel Arsène Lehoux, qui vivaient aux confins du Maine, de l'Anjou et de la Touraine, près de la Loire, et aux noms très français, aient été englobés dans l'origine britannique. Je ne suis pas le seul à douter d'une telle estimation, mais il est cependant vrai que d'autres personnes ayant des ancêtres dans ces mêmes régions et dont j'ai pu voir les résultats sont eux considérés comme bien français, alors que les mêmes algorithmes ont déterminé certains de mes ancêtres comme étant anglais. Si des études très poussées de l'histoire tant militaire que démographique des régions concernées pourraient expliquer ces résultats, il me paraît important de rester nuancé : mes ancêtres des ports normands ont sûrement reçu un héritage génétique anglais très important en raison de leur situation géographique, et peut-être qu'il en fut de même pour certains de mes ancêtres du Nord-Ouest (angevins, tourangeaux, parisiens, picards), mais je pense que d'autres étaient français. Tout comme la généalogie classique, la généalogie génétique connaît ses limites. Les tests ADN autosomaux permettent certes d'estimer dans les grandes lignes les différentes origines d'une personne, mais je crois savoir que si nous héritons à peu près à moitié du patrimoine génétique de chacun de nos parents, et d'un quart de chacun des grands-parents, cela varie par la suite, et l'on peut ainsi avoir davantage de parenté avec un arrière-arrière-grand-père qu'avec un autre.

Consulat de France, Beyrouth, Liban, 1862 - Louis Vignes - Provient de Gallica (BNF) - LIEN
De toutes les origines présentes dans l'héritage génétique de mes parents celles qui me fascinent le plus nous mènent jusqu'aux rives orientales de la Méditerranée. L'une des familles dont descendent trois ancêtres de mon arrière-grand-mère avait un lien avec le Liban, et si les rares archives ne m'ont permis de retrouver que quelques éparses traces d'un ancêtre, j'étais convaincu que l'ADN pourrait au moins apporter d'opportunes précisions. L'ensemble des entreprises ayant analysé l'ADN de mon père y ont bien retrouvé un héritage génétique en provenance du Moyen-Orient, et même plusieurs, au Liban et en Turquie égéenne notamment, et au-delà encore. Mais cela n'est quelque part pas si étonnant : mon père et moi partageons un lien instinctif avec le Moyen-Orient, nous sommes imprégnés de cette culture et depuis mon plus jeune âge j'entends mes parents écouter des musiques orientales, perses ou anatoliennes, musiques que j'écoute désormais moi aussi, et qui me font rêver à un Orient poétique. Je crois même que si ces pays avaient été stables, et que s'ils n'étaient pas gangrénés par des dissensions religieuses et politiques extrémistes, il nous aurait plu d'y vivre. Un jour, peut-être, retrouveront-ils leur splendeur d'antan... Je ne dispose hélas pas de renseignements supplémentaires sur ces ancêtres là, mis à part que l'un d'eux avait un prénom faisant référence aux carthaginois et qu'il y a, dans certaines familles de mon ascendance, des prénoms tels que Pantaléon, Constantine, Chrysostôme, Euphrasie, Ismérie, Eudoxie ou Pulchérie qui nous renvoient eux-aussi vers l'Orient. L'hypothèse des prénoms déplaît fortement à certains esprits étroits et bornés, agressifs en prime ; je pense pour ma part qu'elle mérite qu'on lui accorde de l'intérêt, mais c'est là ma conviction personnelle. Gedmatch a indiqué pour mon père des apports génétiques importants en provenance de ce que les calculateurs appellent Méditerranée de l'Est et Asie de l'Ouest. J'en explique peut-être une partie par les ancêtres italiens, l'autre par un apport direct. Cela répondrait aussi, éventuellement, aux questions que l'on me pose régulièrement sur mes cheveux qui sont frisés, presque crépus même, mais plus ou moins blonds et mordorés ; je crois avoir vu pas mal de gens originaires de la zone égéenne avec de tels cheveux. Il ne fait en tout cas pour moi aucun doute que le croisement des tests ADN et de la généalogie historique ouvre les portes d'un nouvel horizon de connaissances, tout en nous faisant voyager poétiquement.

Port d'une ville antique du Moyen-Orient - C.-A. Cambon - Gallica BNF - LIEN
Ni la généalogie historique ni la généalogie génétique ne peuvent apporter d'entières réponses. Mes ancêtres orientaux resteront peut-être à jamais mystérieux, et c'est en cela qu'ils sont intéressants. J'espère un jour partir sur leur trace, car visiter les lieux où ils ont vécu, s'imprégner de ce qu'ils ont pu connaître, apporte finalement autant si ce n'est plus que de les retrouver dans des archives ou dans des gènes. Et de manière générale, visiter chaque pays, chaque région, province, cité, village ou port dont est originaire un ancêtre est enrichissant. Quant aux migrations provençales de la famille de mon grand-père maternel, elles restent mystérieuses aussi, même si Gedmatch a trouvé une parenté entre ma mère et les provençaux. Cet article s'avère déjà bien long, et je ne peux aborder l'ensemble des découvertes que le croisement des gènes et des archives, et j'insiste sur la notion de croisement, m'a permis de faire. Je souhaite en revanche répondre à deux questions qui m'ont été posées par rapport à ces tests. Pour les personnes ne connaissant pas une partie de leur famille ou de leurs origines, ces tests pourraient éventuellement apporter des informations notamment grâce aux correspondances ADN, mais ne le garantissent pas forcément non plus. Pour les personnes ne disposant pas d'archives aussi complètes que ce qu'il existe en France, ces tests ont également un intérêt. Encore faut-il effectuer un travail d'interprétation conséquent par la suite. Je vous cite un exemple : quelques calculateurs ont déterminé une très faible parenté entre mon père et les islandais. Si la perspective d'avoir des ancêtres sur cette incroyable terre de feu, de glace, de roche et d'eau que j'ai eu la chance de visiter en juin dernier m'a dans un premier temps paru fort réjouissante, j'ai vite compris que ce n'était pas forcément la réalité : il s'agissait d'une correspondance très faible, que seuls quelques calculateurs déterminaient plus ou moins. Aucune analyse n'a révélé pour mon père des ancêtres scandinaves. L'unique hypothèse envisageable était celle d'une ancêtre normande du XVIIe siècle portant un nom issu de la langue norroise. Après m'être renseigné sur l'héritage génétique des islandais - dont les arbres généalogiques remontent extrêmement loin dans le temps - j'ai appris qu'ils auraient une parenté avec les peuples de la Grande Bretagne, par des femmes que les vikings auraient emmenées avec eux lors du peuplement de l'île. Cette hypothèse, qui n'est pas la mienne et que j'ai lue dans des études, pourrait tout de même expliquer cette très faible parenté avec les islandais, mon père ayant des ancêtres en Angleterre. Puisque ces tests sont interdits en France et y suscitent la polémique - alors qu'ils ne le sont pas dans quasiment toute l'Europe et que les gens étrangers à qui j'en ai parlé y sont pour la plupart favorables - je ne saurais pousser quiconque à les faire, mais je ne les déconseillerais pas non plus. Il appartient à chacun de partir ou non à la recherche des ses ancêtres, d'en choisir les méthodes et de se faire sa propre idée. Certaines personnes ont observé que leurs résultats variaient fortement d'une entreprise à l'autre, j'entends et je comprends leurs doutes. Pour ma famille les résultats semblent coïncider, à quelques pourcentages près, mais j'espère avoir montré par cet article que les chiffres ne sont absolument pas ce qu'il y a d'intéressant à tirer de ces tests. J'ai pris la peine de ne pas citer d'entreprise car cet article est totalement indépendant de tout intérêt commercial. Ce sont mes réflexions personnelles et mes découvertes dont je vous fais part ici. Si je suis totalement ouvert aux discussions, j'avertis ceux qui se montreraient irrespectueux et agressifs qu'ils n'auront aucune réponse de ma part. De même, je préférerais discuter avec des personnes ayant effectué ces tests, ou voulant les effectuer pour en savoir davantage sur leurs origines et leurs ancêtres, qu'avec des gens polémiquant sur les tests en eux-mêmes. Sur ce, je vous souhaite un excellent début d'année ! A très bientôt.           

Carte universelle - 1714 - Nicolas de Fer - Provient de la BNF (Gallica) - LIEN